ACTE III, SCENE lll
L'appétit qui s'éveille, et qu'on gagne à l'ouvrage, Change en morceau de roi le mets le plus frugal. Jamais un lit n'est dur quand on fut matinal ! Ee somme commencé jusqu'au jour on l'achève : Qui n'a pas fait de mal n'a pas de mauvais rêvé. Puis revient le dimanche, et pour se ranimer, On a, par-ci pai-là , ([uelque saint à chômer. Travail, bon appétit et bonne conscience. Sommeil à l'avenant , voilà notre science Pour avoir l'ame en paix et le corps en santé. L'année arrive au bout, et l'on s'est bien por.té.
LOUIS
Quoi! jamais de chagrins?
MARCEL
Dame! la vie humaine N'a qu'un beau jour sur trois, c'est comme la semaine : La pluie et le beau temps, la peine et le plaisir; C'est à prendre ou laisser; on ne peut pas choisir.
LOUIS
Pour vous est le plaisir, pour nous la peine.
MARTHE
A d'autres !
Pensez à nos soucis, vous oublirez les vôtres. Quand le pain se vend cher, vous vous en troublez peu; Tout en filant mon lin, j'y rêve au coin du feu. Pourtant je chante encor : bonne humeur vaut richesse,
lou LOUIS XT.
Et ([iii souffre gaîinent a de moins la tristesse. Quel que soit notre lot , nous nous en plaignons tous; Mais le plus mécontent fait encor des jaloux. Il n'est pauvre ici-bas qu'un plus pauvre n'envie; Et quand j'ai , par malheur, des chagrins dans la vie, Ee sort d'un moiiîs heureux me console du mien : J'en vois qui sont si mal , ([ue je me trouve bien.
MARCEL
Maillard, notre cousin, doit un an sur sa ferme; Donc je bénis le ciel, moi qui ne dois qu'un terme.
LOUIS , à Olivier.
Ces misérables-là font du bonheur de tout !
OLIVIER , au roi.
Bonheur qui sent le peuple.
MARTHE
Il est de notre goût; Qui nous dit qu'un plus grand nous plairait davantage?
OLIVIER , qui fait signe à Marthe.
Mais chacun dans ce monde a ses maux en partage : Vous aussi.
LOUIS
Répondez : n'avez-vous pas vos maux; Partant des médecins?
Oui-dà! pour nos troupeaux; Mais pour nous, que non pas!
\CT£ m, SCliNK m. loi
LOUIS
T^a raison '
MARCEL
Elle est claire :
Ils prennent votre argent souvent sans vous rien faire. Leur bailler mes écus, pas si simple! il vaut mieux Acheter au voisin un quartaut de vin vieux, Et pour m'administrer (*e remède que j'aime. N'avoir de médecin que le chantre et moi-même. Vu qu'on paie à grands frais tous ces donneurs d'espoi r; On croit en revenir, et puis crac! un beau soir Plus personne !
LOUIS
Je souffre.
MARCEL
Au jour de l'échéance Force est bien, malgi'é soi, d'acquitter sa créance. Quel homme avec la mort a gagné son procès?
LOUIS , se le vaut.
Tu ne la crains donc pas, la mort?
MARCEL
Si j'y pensais.
J'aurais peur comme un autre, encore plus, j'imagine; Mais pourquoi donc penser à ce qui vous chagrine ^ Pour peu que le curé nous en parle au sermon, Moi, je pense vignoble et je rêve moisson :
loo. LOUIS XI.
Ou je me dis tout bas ceci qui me console : Notre petit Marcel est beau que j'en raffole. Tous les ans il grandit : moi, mon temps; lui, le sien. Amassons pour qu'un jour il ne manque de rien : Que l'enfant nous regrette. Aussi bien,quoi qu'on fasse. Il faut que tôt ou tard votre fils vous remplace.
LOUIS
Mais le plus tard possible.
MARCEL
Ail! c'est mieux.
OLIVIER
Ignorant !
MARCEL
J'ai tort.
OLIVIER
Des médecins le savoir est si grand !
MIRCEL.
Je parle du barbier de notre voisinage ,
Et l'on sait ce que c'est qu'un barbier de village.
LOUIS , qui frappe sur l'épaule d'Olivier en riant.
Par Dieu, voici quelqu'un qui le sait mieux que toi. Tout ministre qu'il est.
OLIVIER , à Marcel.
Pourquoi ris-tu?
3IARCEL.
Qui? moi?