ACTE I, SCENE IV
COITIER , iiionlrant les tours du Plessis.
Lui!
COMMINE.
Silence !
Eh bien ! m'accusez- vous d'un excès d'indulgence? Blâmez- vous cet hymen?
COITIER .
J'admire, en y songeant, Le politique adroit dans le père indulgent. Qui sait? des Armagnacs la grandeur peut renaître; Admis dans les secrets de votre premier maître, Nemours est cher au duc, adoré du soldat; Ce gendre tout-puissant ne sera point ingrat , Et, si votre fortune essuyait quelque orage, Vous prépare en Bourgogne un port dans le naufrage.
COMMINE.
C'est chercher, je l'avoue, un but trop généreux
Au soin tout paternel qui m'a touché pour eux.
A la cour sous ces traits que n'allez-vous me peindre?
COITIER.
Vous n'eussiez point parlé si vous pouviez le craindre. Mes amis les plus chers sont par moi peu flattés, Mais je garde pour eux ces dures vérités.
COMMINE,
Epargnez-les du moins à Louis qui succombe.
i8 LOUIS XT.
COITIER.
Quand les entendrait-il? serait-ce dans la tombe?
COMMINE.
Vous, son persécuteur, devenez son soutien.
COITIER.
Il serait mon tyran, si je n'étais le sien. Vrai Dieu ! ue l'est-il pas? sait-on ce qu'on m'envie? Du médecin d'un roi sait-on quelle est la vie? Cet esclave absolu qui parle en souverain Ment lorsqu'il se dit libre, et porte un joug d'airain. Je ne m'appartiens pas; un autre me possède : Absent, il me maudit, et présent, il m'obsède; Il me laisse à regret la santé qu'il n'a pas; S'il reste, il faut rester; s'il part, suivre ses pas. Sous un plus dur fardeau baissant ma têle allière Que les obscurs varlets courbés sous sa litière , Confiné près de lui dans ce triste séjour, Quand je vois sa raison décroître avec le jour , Quand de ce triple pont, qui le rassure à peine, J'entends crier la herse et retomber la chaîne ; C'est moi qu'il fait asseoir au pied du lit royal Où l'insomnie ardente irrite encor son mal ; Moi , que d'un faux aveu sa voix flatteuse abuse S'il craint qu'en sommeillant un rêve ne l'accuse; Moi, que dans ses fureurs il chasse avec dédain; Moi, que dans ses tourmens il rappelle soudain ;