‹ [Œuvres] (volume 3)Chapitre 70 sur 162 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES PRÉCÉDENS; PROCIDA , l'épée à la main; CONJURES, portant des flambeaux.

PROCIDA . an fond du théâtre.

Nos tyrans ne sont plus, et la Sicile est libre :

Que Charle en frémissant l'apprenne au bord du Tibre.

Palerme pour ses droits jure de tout braver;

Qui les a reconquis saura les conserver.

Quel spectacle ! Montfort , que Lorédan embrasse !

A ses pieds prosterné , tu lui demandais grâce !

Quand ton pays respire après tant de malheurs,

Une indigne pitié peut t'arracher des pleurs! De Montfort à jamais périsse la mémoire ! Il succomba sous toi , respecte ta victoire.

LORÉDAN

Arrêtez: ma victoire est un assassinat; Je vois avec horreur vos maximes d'état. Croyez-vous m'abuser? Couverts de noms sublimes, Ces crimes consacrés en sont-ils moins des crimes? Mon pays, dites-vous , me défend de pleurer; Eh! m'a-t-il défendu de me déshonorer?

À ma rage insensée, à vous, à la patrie, J'immolai les objets de mon idolâtrie:

Amant, ami cruel; honteux de mes fureurs, J'arrive par l'opprobre au comble des douleurs.

Vous m'avez entraîné dans ce complot funeste;

J'ai tout perdu par vous, le remords seul me reste.

Farouche liberté, que me demandes-tu?

Laisse-moi mes remords ou rends-moi la vertu.

Ton premier pas est fait, règne sur ce rivage.

Puisse mon père un jour, couronnant son ouvrage,

Laisser un grand exemple aux siècles à venir!

( Il se frappe. )

Tu m'absous de mon crime... et je dois m'en punir.

PROCIDA

Quel transport ! Qu'as-tu fait?

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