ADIEUX
Je les pleurais tous deux, et je sentis ma voix Mourir avec leurs noms sur mes lèvres tremblantes; Je sentis les accords s'affaiblir sous mes doigts, Pareils au bruit plaintif, aux notes expirantes, Qui se perdent dans l'air, quand du Miserere Les sons au Vatican s'éteignent par degré. Jaloux pour mon pays, je chercbais en silence Quels noms il opposait à ces noms immortels : 11 m'apparaît alors, celui dont l'éloquence Des demi-dieux romains releva les autels; Le Sophocle français, l'orgueil de sa patrie. L'égal de ses héros, celui qui crayonna L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna. Emu d'un saint respect, je l'admire et m'écrie :
« Chantre de ces guerriers fameux ,
« Grand homme, ô Corneille, ô mon maître,
« Tu n'as pas habité comme eux
« Cette Rome, où tu devais naître ;
« Mais les dieux t'avaient au berceau
« Révélé sa grandeur passée ,
" Et, sans fléchir sous ton fardeau ,
« Tu la portais dans ta pensée !
« Ah ! tu dois errer sur ces bords « Où le Tibre te rend hommage !
« Viens converser avec les morts « Dont ta main retraça l'image.
«Viens, et, ranimés pour te voir, « Ils vont se lever sur tes traces; «Viens, grand Corneille, viens t'assooii- « Au pied du tombeau des Horaces !
« De quel noble frémissement « L'orgueil doit agiter ton âme , « Lorsque sur ce froid monument « De tes vers tu répands la flamme !
« Il tremble , et dans son sein profond « J'entends murmurer sous la terre «Deux fils morts, dont la voix répond « Au qu'il mourût de leur vieux père.
« Beau comme ces marbres vivans • « Dont l'art enfanta les merveilles , « Ton front vaste abandonne aux vents « Ses cheveux blanchis par les veilles; « Et quand les fils de Romulus