‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 102 sur 489 · ACTE I, SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. i

Au lieu (îe le fermer, rouvrir encor son flanc ; Et dans quels temps , surtout ! lorsque les Euménides , Ces déesses de meurtre et de vengeance avides , Vont dans ce jour célèbre annoncer leurs décrets •, Lorsque de toutes parts étrangers et sujets, Accourus sur nos bords , frémissent dans l'attente ; Quand mon peuple est troublé, quand ma cour s'épouvante, Quand déjà leur ministre est tout prêt à céder Au souffle impérieux qui le doit posséder I Quoique par le remords leur active justice S'exerce au fond des cœurs en cachant le supplice , Il vient, il vient un temps où leur sévérité Signale avec éclat leur tardive équité.

C'est là plus d'une fois que la triste innocence Vint contre l'oppresseur évoquer la vengeance -, Et puisque tout m'invite à vous le révéler, Apprenez un secret qui vous fera trembler. Non loin de ces remparts, dans un désert horrible. Ces trois divinités ont un temple terrible -, D'ifs et de noirs cyprès un bois religieux En couvre avec respect les murs silencieux. Là, mon père charmé, de ses mains triomphantes, Ofifrait des ennemis les dépouilles sanglantes. On eut dit que loin d'eux ces funestes autels Repoussaient avec lui ses présents criminels. 0 déesses ! dit-il , condamnez-vous ma gloire , Quand j'apporte à vos pieds les fruits de ma victoire ? Tisiphone, sortant de l'infernal séjour , Vint répondre elle-même , et fit pâlir le jour. A son aspect affreux les autels s'ébranlèrent , D'une sueur de sang les marbres dégouttèrent, ÎS'otre encens s'éteignit, ou n'osa plus monter. Une sourde fureur semblait la tourmenter. Mais à peine au- dehors elle allait se répandre ,

t54 OEDIPE CHEZ ADMÈTE.

Qu'on vit tous ses serpeats se dresser pour l'euteudre.

« Frémis, a-t-elle dit, impitoyable roi ;

« Le sang de tes sujets va retomber sur toi.

« Quel bien leur a produit la splendeur de tes armes?

« Chacun de tes exploits fut payé par des larmes.

« Porte ailleurs tes drapeaux, tes chants victorieux.

« Les soupirs de ton peuple ont monté jusqu'aux cieux:

« Il est temps qu'à leur tour la mort des tiens expie

<( Le forfait éclatant de ton triomphe impie.

« Sèche auprès du cercueil , sans y pouvoir entrer.

« Va , c'est là le bienfait que tu dois espérer. >»

Immobile à ces mots , muet dans ses alarmes ,

Mon père m'observa d'un œil fixe et sans larmes ;

Et par tous les témoins à cet oracle admis

Sur cet oracle affreux le secret fut promis.

Hélas ! depuis ce temps quelle est sa destinée I

Il traîne une vieillesse à gémir condamnée.

Son œil indifférent , lassé de sa grandeur.

Du rang qu'il m'a cédé ne voit point la splendeur.

Eloigné de ma cour, dans sa retraite austère,

Il nourrit les langueurs d'un chagrin solitaire ;

Il craint surtout, il craint peut-être avec raison

Qu'un grand malheur bientôt n'accable sa maison.

Après cela , seigneur , jugez si contre un frère

Je dois m'unir à vous pour lui porter la guerre,

Et des filles du Styx réveiller le courroux ,

Quand leurs regards vengeurs sont arrêtés sur nous.

POLYNICE

Ainsi les souverains, si fiers du diadème,

Sont les esclaves nés de leur grandeur suprême ;

Ils n'auront plus le droit contre le crime heureux

De demander justice et de s'unir entre eux.

Que dis-jc ? si j'en crois l'oracle qu'on m'oppose ,

La Grèce est donc coupable en défendant ma cause?

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