‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 105 sur 489 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Par un prodige égal , déjà chacune espère Remplir d'un sang nouveau les veines de son père. Le bain fatal est prêt , les feux sont allumés ; Des rayons de Tespoir leurs yeux sont animés. On s'arme de poignards. Incertaine et timide, Leur main semble un moment prévoir le parricide. Médée exhorte; on marche, on s'avance sans bruit; On rend grâce au silence , aux horreurs de la nuit ; On entre dans la chambre , où de ses traits funèbres Un jour pâle et mourant éclairait les ténèbres, Et, découvrant à peine un vieillard endormi. Ne laissaient entrevoir le forfait qu'à demi. On dirait qu'à l'aspect de l'auguste victime, La nature à leur cœur a révélé leur crime. La piété l'emporte, et leurs couteaux pressés S'entrechoquent soudain dans son cœur enfoncés : Leur parricide zèle, innocemment impie , En déchirant son sein , croit lui donner la vie. Sa mort leur montre enfin leur détestable erreur. Médée, en s'échappant, insulte à leur douleur. Leurs pleurs , leurs bras tendus couvrent le lit funeste. Le crime est consommé , le désespoir leur reste. Ce bain, ce sang, ces cris, ces poignards odieux, Ce vieillard palpitant est encor sous mes yeux.

ADMÈTE

Le ciel voulut alors qu'Alceste fut absente; Du meurtre paternel ta main fut innocente. Tes sœurs...

ALCESTE

Ce n'est pas tout : j'ai cru, dans ma terreur, Le cœur encor saisi de tant d'objets d'horreur. Que j'allais dans tes bras m'assurer un asyle. Déjà la paix rentrait dans mon sein plus tranquille ; Déjà je respirais ce calme heureux et doux

i58 OEDIPE CimZ ADMEÏE.

Que rcuouve une femme auprès de son époux.

Sous les pas à l'instant s'est ouvert !e Ténare -,

Une iuvi'oible main t'entraînait au Tartare;

Tu me criais , Adieu. J'ai frémi , j'ai couru.

Entre nous deux alors nos enfants ont para :

Ils élevaient vers nous leurs voix attendrissantes ;

Ils enchaînaient tes pieds de leurs mains innocentes.

La foudre épouvantable a soudain retenti.

Alors tout s'est calmé , tout s'est anéanti.

De ces objets divers reflViiyant assemblage

De tes périls surtout me laisse encor l'imarje;

Et , dût ce ciel vengeur irriter mes ennuis,

Je veux sortir enfin de l'horreur où je suis.

ADMÈTE

Dans ce songe confus, quelque effroi qu'il te donne,

Je n'ai rien distingué qui me trouble ou m'étonne.

De ton père souvent ton esprit occupé

A pu de son trépas être aisément frappé.

Quant au Ténare ouvert, ta tendresse inquiète

A seule imaginé tous ces périls d'Admète.

Pour trembler sur mes jours, craintive au moindre bruit.

Tu n'avais pas besoin des erreurs de la nuit.

Va, sans interpréter de bizarres mensonges.

Remplissons nos devoirs, et dédaignons les songes.

Sur sa propre innocence un mortel affermi

A sa vertu pour juge , et le ciel pour ami.

ALCESTE

Non , non : pour démentir mes présages timides ,

Je veux interroger l'autel des Euménides.

Le sort à leur regard aime à se découvrir,

Et pour nous dans ce jour leur temple va s'ouvrir.

ADMÈTE

Mais connais-tu, dis-moi, ces déesses horribles. Ces sœurs que leur justice a fait nommer terribles?

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