‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 137 sur 489 · ACTE lY, SCÈNE II. ^çp · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE II. ^çp

ADMÈTE

Cédez moins aux douleurs de votre âme abattue.

OEDIPE

Vous me tendez les bras , et c'est moi qui vous tue.

ADMÈTE

Non , le crime est connu-, l'oracle a prononcé.

OEDIPE

Pourquoi de ce palais ne m'avoir pas chassé?

ADMÈTE

A vos rares vertus j'aurais fait cette injure !

OEDIPE

Ignoriez-vous mon nom ?

ADMÈTE

J'écoutais la nature.

Pour secourir OEdipe au moins j'aurai vécu.

OEdipe est accablé j vos malheurs l'ont vaincu.

ADMÈTE

Vous vivrez , je le veux; c'est l'espoir qui me reste. N'accusez point ici votre destin funeste ; Souffrez , mais comme OEdipe ; et pour dernier effort Mettez votre constance à supporter ma mort. Alceste est dans l'erreur, elle est sans défiance ; Daignez de ce mensonge appuyer l'innocence. OEdipe, vos malheurs, commencés en naissant, Vous ont aux maux d'autrui rendu compatissant. Eloignez de ses yeux la vérité cruelle. Quand je ne serai plus, que vos soins auprès d'elle Adoucissent du moins l'horreur de mon trépas; Elle en aura besoin , ne l'abandonnez pas. Que mes enfants aussi trouvent en vous un père : Vous devenez pour eux un appui nécessaire. Hélas î je laisse un fils qui doit régner un jour; Formez-le pour son peuple , et non pas pour sa cour. I. ,7

Loin de lui tout éclat d'une pompe importune I Offrez-lui pour leçon votre auguste infortune; Qu'il apprenne de vous (hélas ! vous le savez) Que les rois au malheur sont souvent réservés; Qu'esclave du destin , au moment qu'il respire, L'homme est dans tous les rangs soumis à son empire. 0 vous ! qui, condamnant d'ambitieux exploits, Voulez d'un grand exemple épouvanter les rois , Dieux ! vous qui m'immolez, lorsque j'efface un crime, Attachez vos bienfaits au sang de la victime ; Regardez ces climats avec un œil plus doux; Que mon Alceste au moins survive à son époux; Consolez sa douleur, soutenez sa faiblesse; De ce roi malhem'eux protégez la vieillesse: Je mets sous votre appui, dans mes derniers instants, OEdipe, mes sujets, ma femme , mes enfants. Cet espoir me soutient à mon heure suprême; Je goûte avant ma mort les fruits de ma mort même. L'honneur en est trop cher, le prix en est trop beau , Si le bonheur public renaît sur mon tombeau. Mais Alceste paraît.

OEDIPE

Ah ! fuyons sa présence ; Je tremble d'éclairer son heureuse ignorance : Mon trouble et ma douleur pourraient tout découvrir. Sortons.

ADMÈTE

Cher prince... adieu.

OEDIPE

Ma fille. . . allons mourir.

Il tort.

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