‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 138 sur 489 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ADMÈTE, ALCESTE

ALCESTE

Il est enfin connu ce terrible mystère , Cet oracle effrayant que tu voulais me taire. Je sors , je sors du temple.

ADMÈTE

Ah I qu'entends-je ?

ALCESTE

Grands dieux !

L'appareil de ta mort vient d'y frapper mes yeux. Avec quel art perfide , écartant mes alarmes , Tu déguisais ton trouble et dévorais tes larmes ! Tu me trompais , barbare ! et moi , dans ce moment , Je goûtais de l'amour le doux enchantement I J'allais prier les dieux de veiller sur ta tête, Les couronner de fleurs comme en un jour de fête , Et , quand leur main sur toi portait les coups mortels , De mon crédule encens parfumer les autels ! Hélas ! j'étais en paix sur le bord de l'abyme!

ADIVIÈTE.

Ils ont rendu l'arrêt.

ALCESTE

Ils n'ont point la victime.

ADIUÈTE.

Mais ils peuvent ici la frapper dans tes bras : Leur œil vengeur me suit , la mort est sur mes pas. Tremblons sous leur pouvoir.

ALCESTE

Dis plutôt leur vengeance , Qui m'arrache un époux , qui poursuit l'innocence.

ADMÈTE

Veux-tu que nos enfants , proscrits , persécutés , Trouvent un jour ces dieux par leur père irrités î Du saint nœud qui nous joint l'héroïque tendresse Marche avec le courage et proscrit la faiblesse. Vois-moi dans ces moments d'un œil religieux-, Songe que ton époux est sous la main des dieux. Je ne m'appartiens plus : marqué pour leur victime , Je dois leur consacrer tout le sang qui m'anime. Mes jours dépendent d'eux -, ce qui dépend de moi, C'est de penser en homme , et de mourir en roi.

ALCESTE

Hélas !

Pour nos enfants souffre encor la lumière j Qu'on ne remarque pas qu'ils ont perdu leur père ; De notre chaste hymen entretiens le flambeau ; Laisse-moi, sans pâlir, entrer dans le tombeau. Voici l'instant fatal : que ton cœur s'y prépare. A'a, la mort rejoindra ce que la mort sépare. Écoute : mes enfants pourraient frapper mes yeux ; Éloigne-les. Approche, et reçois mes adieux.

ALCESTE

Non, je ne reçois point un adieu si funeste. Quoi qu'ordonne le ciel , l'espoir encor me reste. Avant que d'échapper, de sortir de ce lieu , Il faudra de mes bras...

ADMÈTE

Mon devoir parle : adieu.

ALCESTE

Où courez-vous ?

ADMETE.

Mourir.

Page 1