‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 15 sur 489 · NOB.CESTE · texte numérisé non relu

NOB.CESTE

Ah! calmez , cher Hanilet , ces mortelles alarmes. Quelle mélancolie , au printemps de vos jours , Vers leur terme à grands pas précipite leur cours ! Je prends part aux regrets que la nature inspire : C'est de la voix du sang le légitime empire; Mais à ce saint devoir c'est donner trop de pleurs.

Sur des bords étrangers , hélas I de mes malheurs Tu fus donc informé ?

NORCESTË.

Oui , cher prince.

H.OILET.

IMon pèrel Que du soleil encor ne voit-il la lumière !

NORCESTE.

Le temps, qui sait calmer les plus justes regrets, Pourra peut-être enfin vous consoler.

Jamais.

Rappelle-toi, Norceste, avec quelle tendresbe Ce père infortuné cultiva ma jeunesse!

J'étais loin de prévoir qu'un destin rigoureux Dût sitôt pour jamais l'enlever à mes vœux. Il n'est plus, et sa cendre à peine est recueillie. Que son trépas s'efface et que son nom s'oublie. Lasse d'un deuil trop long , qui gênait ses désirs , Je vois déjà ma cour revoler aux plaisirs. Et moi, dans ce palais , l'œil fixé sur la terre, Je cherche encor les pas de mon malheureux père. Mais toi, par quel bienfait, par quel heureux retour , Le ciel t'a-t-il sitôt ramené dans ma cour ? Quand j'appris par tes soins la mort inattendue Du roi que pleure encor l'Angleterre éperdue ,

Mort, hélas! trop semblable au douloureux trépas De mon malheureux père expiré dans mes bras , J'ai cru que tes desseins te retiendraient encore Eloigné pour long-temps de ces murs que j'abhorre.

NORCESTE.

Seigneur, au moment même où je vous ai mandé

Que le roi d'Angleterre, en son lit poignardé,

Avait fini trop tôt son illustre carrière;

Quand le peuple, alarmé d'un si triste mystère,

Cherchait à pénétrer dans d'horribles secrets,

Retenus avec soin dans les murs du palais ;

Quand nos mers vous portaient cette aflfreuse nouvelle.

Aux bords de la Tamise un récit trop fidèle

M'apprend que votre père avait fini ses jours.

Je crois que votre cœur demande mes secours ;

Je revole vers vous pour tâcher de suspendre

Ou d'essuyer les pleurs que vous deviez répandre.

Je m'attendais sans doute à vos justes regrets.

Mais comment expliquer ces lugubres accès ,

Ce dégoût des humains , cette pâleur mortelle ,

Cette obstination d'un désespoir rebelle,

Qui ne veut , tour à tour ou morne ou furieux ,

JVi croire la raison , ni se soumettre aux dieux ?

Est-ce là le tableau, la déplorable image

Qu'Ilamlet devait m'ofiiir sur ce triste rivage ?

Cher prince, ah! mon ami 1 si je plains vos douleurs.

Daignez me confier vos secrets et vos pleurs.

Eh bien ! quand tu m'appris qu^une main meurtrière Avait d'un parricide affligé l'Angleterre , Lisant ta lettre encor, de cette horreur surpris , Une clarté soudaine a frappé mes esprits. Me traçant le tableau d'une action si noire , De mon père immolé tu me traçais l'histoire.

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