‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 16 sur 489 · ACTE II , SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II , SCENE V

Je le vis succombant sous de pareils complots. Que dis-je? ici dans l'ombre, et troublant mon repos, Mon père a reparu , poussant des cris funèbres. La vérité terrible au milieu des ténèbres Vint ici m'apparaître, et passer son flambeau Sur ces noirs attentats cachés dans le tombeau.

NORCESTE.

Ah ! n'allez pas , trompé par une erreur extrême....

HAJilLET.

Les effets sont pareils quand la cause est la même. Va , mon ami , crois-moi , j'ai toute ma raison : Mon père, en ce palais , est mort par le poison. Le ciel et les enfers m'en donnent l'assurance. Par un chemin sacré je marche à ma vengeance , Et je ne lis partout sur ces murs odieux Que les ordres sanglants que j'ai reçus des cieux.

NORCESTE.

De ces ordres , seigneur, quel est donc le mystère? Sont-ils de vos ennuis la souce involontaire ? Expliquez-vous enfin.

Garde-toi d'accuser Ce cœur d'être trop prompt peut-être à s'abuser. Deux fois dans mon sommeil , ami , j'ai vu mon père , Non point le bras levé , respirant la colère ; Mais désolé, mais pâle, et dévorant des pleurs Qu'arrachait de ses yeux l'excès de ses douleurs. J'ai voulu lui parler. Plein de l'horreur profonde Qu'inspirait à mon cœur l'effroi d'un autre monde: Quel est ton sort ? lui dis-je -, apprends-moi quel tableau S'offre à l'homme étonné dans ce monde nouveau. Croirai-je de ces dieux que la main protectrice Par d'éternels tourments sur nous s'appesantisse ? « 0 mon fils , m'a-t-il dit , ne m'interroge pas ;

« Ces leçons du cercueil , ces secrets du tre'pas ,

« Aux profanes mortels doivent être invisibles.

« Que du ciel sur les rois les arrêts sont terribles !

« Ah ! s'il me permettait cet horrible entretien,

« La pâleur de mon front passerait sur le tien.

« Nos mains se sécheraient en touchant la couronne ,

« Si nous savions , mon fils, à quel titre il la donne.

« Vivant, du rang suprême on sent mal le fardeau ;

« Mais qu'un sceptre est pesant quand on entre au tombeai

NORCESTE.

Grands dieux !

Oh ! m'êcriai-je , ombfe chère et terrible. Pourquoi des bords muets de ce monde invisible , Confident des tombeaux, viens-tu m'entretenir , Moi qu'avec toi bientôt mes douleurs vont unir ? Ne laisse point sortir de tes lèvres glacées Ces hauts secrets des dieux qui troublent nos pensées. Hélas ! pour t'obéir ai-je assez de vertu ? Je t'écoute en tremblant -, réponds , que me veux-tu? « 0 mon fils , m'a-t-il dit , je viens enfin t'apprendre « Quel sang tu dois verser pour apaiser ma cendre. « On croit qu'un mal cruel trancha soudain mes jours : « Ainsi les noirs complots sont voilés dans les cours. « Ta mère , qui l'eût dit ? oui, ta mère perfide « Osa me présenter un poison parricide -, « L'infâme Claudius, du crime instigateur, « Fut de ma mort surtout le complice et l'auteur. » Il dit , et disparaît.

NORCESTE.

Un tel discours sans doute A dû troubler votre âme , et je conçois....

Ecoute.

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