‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 159 sur 489 · DUCIS · texte numérisé non relu

DUCIS

La traduction du Théâtre de Shakespeare par M. Le Tourneur est entre les mains de tout le monde : ainsi chacun peut voir aisément ce que j'ai tiré de cet auteur célèbre , et ce qui est de mon invention dans cette tragédie. Je sais tout ce que je dois au bonheur du sujet dont j'ai été averti par mes larmes dans le charme de la composition. Cependant j'ai tremblé plus d'une fois, je l'avoue, quand j'ai eu l'idée de faire paraître sur la scène française un roi dont la raison est aliénée. Je n'ignorais pas que la sévérité de nos règles et la délicatesse de nos spectateurs nous chargent de chaînes que l'audace anglaise brise et dédaigne , et sous le poids desquelles il nous faut pourtant marcher dans des chemins difficiles avec l'air de l'aisance et de la liberté. Je suis bien éloigné de croire que cet affranchissement des règles , cette indépendance même poussée à l'excès , diminuent en rien la gloire de Shakespeare , c'est-à-dire du plus vigoureux et du plus étonnant poète tragique qui ait peut-être jamais existé; génie singulièrement fécond , original, extraoï'dinaire , que la nature semble avoir créé exprès, tantôt pour la peindre avec tous ses charmes , tantôt pour la faire gémir sous les attentats ou les remords du crime. Il m'est sans doute échappé bien des fautes dans cet ouvrage ; mais je me félicite au moins d'avoir fait couler quelques larmes dans une pièce utile aux mœurs , où j'ai vu les pères conduire leurs enfants. Puissent ceux de mes lecteurs qui l'ont accueillie au théâtre ne pas oublier, pour m'être encore favorables , avec quelle noblesse , quelle admirable simplicité, quelle âme et quels accents puisés au sein même

delà nature, un acteur chéri du public (i) a rendu le personnage d'un roi et d'un père abandonné, vieillard vraiment déplorable , tombé dans la misère pour avoir été trop généreux , et dans la démence pour avoir été trop sensible I II est doux au spectateur attendri de reconnaître dans un grand talent qui le frappe , dans des moyens extérieurs qui l'enchantent, cet accord si précieux du talent avec le caractère , et de n'avoir pas à séparer son estime de son suflfrage. Il lui semble alors que sa jouissance et ses larmes sont plus pures , et qu'il a de plus le plaisir d'applaudir aux mœurs et à la vertu.

(i) Ce rôle était joué par M. Briiard.

PERSONNAGES

LEAR , ancien roi d'Angleterre.

REGANE , seconde fille de Léar, mariée au duc de Cornouailles.

HELMONDE , troisième fille de Léar, non mariée.

Le duc D'ALBANIE , époux de Volnérille , fille aînée de Léar.

Leduc de CORNOUAILLES, époux de Régane , seconde fille d»;

Léar.

Le comte de KENT, seigneur anglais.

EDGARD , fils du comte de Kent.

LÉNOX , autre fils du comte de Kent.

NORCLÈTE , pauvre vieillard.

OSWALD , officier du duc de Cornouailles. VOLWICK, autre officier du duc.

STRUMOR , principal conjuré du parti d'Edgard. Un Soldat du duc de Cornouailles.

Un autke Soldat du duc de Cornouailles.

Personnages muets.

Gardes du duc d'Albanie.

Gahdes du duc de Cornouailles.

Soldats ou armée du duc de Cornouailles. Conjurés du parti d'Edgard.

La scène est en Angleterre ; l'action se passe , pendant le premier et le second actes , dans un cliàteau fortifié du duc de Cornouailles; et pendant les Iroisième , quatrième et cinquième , sous l'ahri et auprès d'une caverne, au milieu d'une forêt.

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