‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 160 sur 489 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

LE DUC DE CORKOUAILLES, OSWALD

OSWALD

Quoi ! seigneur, c'est ici , dans ces hardis remparts Que l'orgueil de leurs tours défend de toutes parts , C'est au fond des forêts , au pied de ces murailles , Que je Tiens retrouver le duc de Cornouailles ! Quelle raison , seigneur, dans cet affreux séjour Vous a fait tout à coup transporter votre cour ?

LE DUC DE CORNOUAILLES

Tu l'apprendras , Oswald. Qu'ayec impatience Sur ces bords dangereux j'attendais ta présence I Parle , que fait Léar ?

OSWALD

Seigneur, de ses longs jours Auprès de Volnérille il achève le cours-, Mais j'ai cru remarquer dans sa morne tristesse Le dépit d'un vieillard que tout choque et tout blesse , Qui de l'amour du trône est toujours possédé. Et pleure en frémissant le rang qu'il a cédé. Lorsqu'au duc d'Albanie unissant Volnérille, Il le fit par l'hymen entrer dans sa famille. Quand bientôt de Régane il vous nomma l'époux ,

25o LE ROI LEAR.

Il sait qa'il partagea l'Angleterre entre vous -, Et c'est ce souvenir, pour lui plein d'amertume , Qui , plus lourd que les ans , l'accable et le consume. On dit même, seigneur, qu'en ses ennuis secrets Il laisse pour Helmonde échapper des regrets*, On dit qu'après l'avoir et chassée et maudite , Il rappelle en son cœur cette fille proscrite. Qu'il la croit innocente, et voudrait aujourd'hui L'opposer à ses sœurs , et s'en faire un appui : Lui rendre avec éclat, par un nouveau partage, Et sa part et ses droits dans son vaste héritage-, Et peut-être, seigneur, par un grand changement , Renverser tout l'état pour régner un moment. Un inconstant vieillard, lassé du diadème. Abdique imprudemment , et s'en repent de même j Long-temps sur sa couronne il tourne encor les yeux.

LE DUC DE CORNOUAILLES

Et voilà le motif qui m'amène en ces lieux.

J'ai craint de ce vieillard l'altière inquiétude ;

J'ai craint que de ces bois l'épaisse solitude

Ne cachât un ramas de brigands révoltés ,

A rétablir Léar par l'intrigue excités.

En révolutions l'Angleterre est féconde.

Instruit que des complots favorisaient Helmonde,

Dans ces forêts, Oswald, je suis vite accouru.

Mes soldats rassemblés sous mes pas ont paru -,

Et , sous prétexte, ami , de défendre un rivage

Où le Danois bientôt doit porter le ravage.

Je viens surprendre ici mes odieux sujets-,

Je viens dans leur naissance étouffer leurs projets ;

Je viens pour les punir. Et , si ma violence

Tant de fois sans pitié déploya ma vengeance,

Tu conçois aisément que je ferai couler

Le sang des criminels qui m'auront fait trembler.

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