‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 165 sur 489 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Son ordre m'est sacré , je voudrais le remplir-, Et qu'il m'en coûte , hélas ! de lui désobéir !

LÉXOX.

Vous n'obéirez point?

EDGARD

Je n'en suis plus le maître.

LÉNOX.

Songez , mon cher Edgard , que son sang nous fit naître, Qu'il compte les instants; que ses justes transports Peuvent, si nous tardons, l'appeler sur ces bords.

EDGARD

Que me dis-tu , Lénox I

LÉXOX.

A insi , quittant un frère , Seul , et pour l'affliger, je vais revoir mon père I Quoi I déjà trop sensible aux charmes d'une cour, Auriez-vous oublié cet innocent séjour Où notre père , heureux , sans remords , sans murmure , Retrouva dans Kexil les biens de la nature? Eh ! quel fut son forfait ? Comment mérita-t-il Les rigueurs de Léar, et son injuste exil ? En l'osant supplier de rester toujours maître , De mourir sur le trône où le ciel le fit naître , De ne point abdiquer un pouvoir souverain Que sa vieillesse un jour regretterait en vain. Et c'est vous à la cour, vous , qui prétendez vivre I L'errem' d'un fol espoir, qui déjà vous enivre, Vous aurait-elle offert ses dangereux poisons? Ne vous soiivient-il plus de ces hautes leçons Que d'un père à nos yeux déployait la sagesse , Quand il peignait des cours l'intrigue et la bassesse : Ces courtisans profonds, ces ministres adroits , Elevant leur pouvoir sur la langueur des rois ; Tous ces tyrans ligués, ravis enfin de l'être,

Se partageant entre eux le sommeil de leur maître; Sous le vire insolent le mérite abattu ; L'horrible calomnie égorgeant la vertu!

Quand il nous racontait, dans sa douleur profonde, Les pleurs , le désespoir de l'innocente II el monde , D'Helmonde, que Léar, terrible et furieux , Chassa de son palais en invoquant les dieux. Repoussant de son sein cette fille timide , La nommant, à grands cis , barbare et parricide? Là, sans qu'il pût jamais reprendre ce discours. Ses sanglots dans sa bouche eu arrêtaient le cours. Il a pleuré sa mort... Vous soupirez, mon frère?

EDGARD

Et si je t'expliquais tout cet affreux mystère ,

Si j'allais , éclairant cet abyme odieux ,

Dans toute son horreur le montrer à tes yeux I

LÉNOX.

Ah ! parle !

EDGARD

Helmonde !

LÉNOX.

Eh bien !

EDGARD

J'ai vu couler ses larmes.

Hélas I le jeune Ulric , trop sensible à ses charmes ,

Venait de déposer ses armes à ses genoux.

Léar avec plaisir le nommait son époux.

Ivre de sa conquête , il partait avec elle.

Jaloux de transporter une reine si belle,

Les flots impatients frémissaient dans nos ports ,

Et déjà les Danois l'attendaient sur leurs bords.

Volnérille sa sœur, dévorant son murmure ,

En rompant cet hymen crut venger son injure.

(( Quoi ! dit-elle à son père , Helmonde épouse un roi

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