‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 168 sur 489 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Ou le noaune Norclète.

LÉNOX.

A-t-elle, en son mallieur.

Su le sort de Léar?

EDGARD

Ah ! c'est là sa douleur.

L'ingrate Volnërille , impunément cruelle , Tandis que son époux est occupé loin d'elle, De mépris , de dégoûts , d'outrages ténébreux Abreuve goutte à goutte un vieillard malheureux, Insulte à ses soupirs, à sa douleur timide, Goûte en paix les horreurs de ce long parricide , Et ne se souvient plus, assise au rang des rois, Que Léar fut son père et lui céda ses droits. Elle ose l'accuser, pour couvrir ses injures, D'aigrir les mécontents par de secrets murmures , D'armer leur intérêt , d'exciter leur désir A lui rendre un pouvoir qu'il cherche à ressaisir. Le palais cependant , à ses maîtres docile , L'accable sans pitié de son dédain servile. Et moi, murmurant seul, dans mou cœur indigné. Je plaignais un vieillard, un père abandonné, Oublié de son sang , de sa cour et du monde. Témoin de ses malheurs, j'en instruisis Helmonde. Tu conçois , cher Léuox , qu'en mes tristes récits , Des tableaux si cruels devaient être adoucis, Helmonde , en m'écoutant, semblait fixer son père ; Je la vis , immobile , et frémir, et se taire : Loin des cruels humains , on eût dit que les dieux Au fond d'un autre, exprès, la cachaient à leurs yeux. Tout semblait consacrer par je ne sais quels charmes Le rocher, les roseaux, confidents de ses larmes. Son humble vêtement, dont la simplicité Dérobait sa naissance et non pas sa beauté.

a;,^ LE RCI LKAR.

Quelquefois , au travers de sa douleur touchante,

Un souris s'égarait sur sa bouche innocente;

Ses yeux baignes de pleurs et son front abattu

Peignaient le désespoir de la douce vertu.

Que sa douleur encore embellissait leurs charmes I

Mon frère , que devins-je à l'aspect de ses larmes I

J'excitai sa vengeance. A ses ordres soumis,

Je parlai, je courus, j'assemblai des amis.

Anglais , leur ai-je dit , un monstre plein de rage

Appesantit sur nous le plus vil esclavage ,

IiTÎte avec plaisir notre juste fureur,

Et la haine privée, et la publique horreur.

Tout son règne odieux n'est qu'un tissu de crimes :

Comptez, si vous pouvez, les noms de ses victimes.

L'impitoyable Oswald , ce sinistre étranger,

Aiguise le poignard qui va nous égorger.

Cet obscur assassin , n'ayant dans sa misère

Aucun nœud qui l'enchaîne , aucun bien qu'il espère ,

Attend tout de son maître, et n'a point d'autre appui

Que le métier sanglant qu'il exerce pour lui.

Jusqu'à ce jour, du moins , sa lâche obéissance

Lui vendait loin de nous son bras et son silence ;

Mais il doit arriver, il doit dans ce palais

JMonlrer bientôt un front chargé de ses forfaits:

La mort suivra ses pas. Ce tigre qu'on abhorre

De son regard déjà nous marque et nous dévore.

Pùlirons-nous toujours sous des couteaux sanglants?

Depuis quand les Anglais soufti'ent-ils des tyrans?

Je leur propose alors d'attaquer Cornouailles,

De forcer ce cruel jusque dans ses mui'ailles ,

De l'écraser du poids de son sceptre d'airain.

Va de rendre à Léar le nom de souverain.

Ils applaudissent tous. Ici, dans ce bois sombre,

,!p Ips ai dispersés pour mieux cacher leur nombre.

ACTK I, SCErCE IV. p/,';

Près de moi, cette nuit, leurs chefs vout s'assembler ; Pour frapper ce grand coup nous allons tout régler. Je me déclare alors , et je marche à leur tête.

LÉNOX.

C'en est fait , je te suis , je pars I rien ne m'arrête.

EDGARD

Mon père nous attend. Songes-tu bien?...

LÉNOX.

Je veux Les voir, m'armer, combattre et mourir avec eux.

EDGARD

J'entends du bruit , on vient. Juste ciel ! c'est mon père. Tu connais sa valeur-, Helmonde lui fut chère. Cachons-lui des projets qu'il voudrait partager, Et pour nous seuls au moins réservons le danger.

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