‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 193 sur 489 · LÉAR, LE COMTE DE KENT · texte numérisé non relu

LÉAR, LE COMTE DE KENT

LE COMTE, sortant Centre les arhres.

Onion prince I

LÉAR

Cher comte!

LE COMTE

Enfin je vous retrouve.

LÉAR

Nous voilà réunis.

LE COMTE , à fart.

Quel destin il éprouve I (Haut.)Ma voix vous appelait quand vos sens étonnés.,

LÉAR

Quelle nuit , mon cher Kent , pour les infortunés ! 11 regarde la tempête.

Quand le ciel est en feu , sous vos chastes asyles , Dormez, cœurs innocents, soyez du moins tranquilles Mais vous surtout , tremblez au fond de vos palais, Ingrats , à qui ces dieux ne pardonnent jamais ! Parlez : entendez-vous ces accents redoutables , Ces messagers de mort , tonnant sur les coupables? Pour moi, jai la douceur, dans cet affreux danger, Que le crime à mon cœur est du moins étranger, On m'a fait plus de mal que je n'en ai pu faire.

LE COMTE

Tâchons de découvrir quelque abri solitaire. Ah I tous vos sens glacés...

LÉAR

Cher ami , tu le vois ,

La nature en fureur n'épargne point les rois.

LE COMTE

Vous n'en faites que trop la dure expérience.

LÉAR

J'apprends , par ma douleur, à plaindre l'indigenee. Hélas I à leur grandeur les rois trop attachés Du sort des malheureux sont faiblement touchés. Peut-être en ce moment quelque vieillard expire. Combien d'infortunés , soumis à notre empire, Réclament loin de nous la nature et nos soins I J'ai peut-être moi-même oublié leurs besoins.

LE COMTE

Non , vos peuples jamais n'ont senti la misère.

LÉAR

Crois-tu qu'encor pour eux ma mémoire soit chère?

LE COMTE

Ils ne sont point ingrats.

LÉAR

Mes enfants l'ont été.

LE COMTE

Jamais leur nom par moi ne sera répété.

La lueur des éclairs fait apercevoir la caverne au comte de Kent. C'est trop tarder : marchons... D'une voûte ignorée Ces éclairs dans l'instant me découvrent l'entrée , Ne la voyez- vous point?

LÉAR

Je ne l'aperçois pas.

Par pitié pour tous deux , venez , suivez mes pas.

LÉAR

Tu le veux !

LE COMTE

Avançons.

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