LÉAR, LE COMTE DE KENT
LE COMTE, sortant Centre les arhres.
Onion prince I
LÉAR
Cher comte!
LE COMTE
Enfin je vous retrouve.
LÉAR
Nous voilà réunis.
LE COMTE , à fart.
Quel destin il éprouve I (Haut.)Ma voix vous appelait quand vos sens étonnés.,
LÉAR
Quelle nuit , mon cher Kent , pour les infortunés ! 11 regarde la tempête.
Quand le ciel est en feu , sous vos chastes asyles , Dormez, cœurs innocents, soyez du moins tranquilles Mais vous surtout , tremblez au fond de vos palais, Ingrats , à qui ces dieux ne pardonnent jamais ! Parlez : entendez-vous ces accents redoutables , Ces messagers de mort , tonnant sur les coupables? Pour moi, jai la douceur, dans cet affreux danger, Que le crime à mon cœur est du moins étranger, On m'a fait plus de mal que je n'en ai pu faire.
LE COMTE
Tâchons de découvrir quelque abri solitaire. Ah I tous vos sens glacés...
LÉAR
Cher ami , tu le vois ,
La nature en fureur n'épargne point les rois.
LE COMTE
Vous n'en faites que trop la dure expérience.
LÉAR
J'apprends , par ma douleur, à plaindre l'indigenee. Hélas I à leur grandeur les rois trop attachés Du sort des malheureux sont faiblement touchés. Peut-être en ce moment quelque vieillard expire. Combien d'infortunés , soumis à notre empire, Réclament loin de nous la nature et nos soins I J'ai peut-être moi-même oublié leurs besoins.
LE COMTE
Non , vos peuples jamais n'ont senti la misère.
LÉAR
Crois-tu qu'encor pour eux ma mémoire soit chère?
LE COMTE
Ils ne sont point ingrats.
LÉAR
Mes enfants l'ont été.
LE COMTE
Jamais leur nom par moi ne sera répété.
La lueur des éclairs fait apercevoir la caverne au comte de Kent. C'est trop tarder : marchons... D'une voûte ignorée Ces éclairs dans l'instant me découvrent l'entrée , Ne la voyez- vous point?
LÉAR
Je ne l'aperçois pas.
Par pitié pour tous deux , venez , suivez mes pas.
LÉAR
Tu le veux !
LE COMTE
Avançons.