ACTE III, SCÈNE I
S'ils brûlent de l'oflFrir , c'est pour le partager. Ils verront dans mes mains, comme une proie immense, Ce pouvoir souverain qu'ils dévorent d'avance. J'ai sondé tous les cœurs , ils m'ont tous entendu. Tout est prêt, tout m'attend, me sert et m'est vendu.
POLOXIUS.
Mais à vos grands desseins si la cour s'intéresse , Si vous avez pour vous le soldat , la noblesse , Il faut encor le peuple.
CLAUDIUS
Oui , mes agents secrets Le tournent contre Hamlet ; sèment qu'en ce palais , Avide de régner et fatigué d'un père , Il força dans son cœur la nature à se taire 5 Qu'un poison préparé par ce fils criminel Fut versé de ses mains dans le flanc paternel ; Et que les noirs transports dont son âme est saisie Sont les efiëts vengeurs du crime qu'il expie. Ces bruits sourds , dans le peuple avec art répétés , Par la haine aisément seront tous adoptés. Il concevra sans peine une action si noire : Plus les forfaits sont grands, plus il aime à les croire.
POLOXIUS.
Mais surveillons Norceste , et sachons tout prévoir. De retour sur nos bords, à peine il se fait voir , Que les amis d'Hamlet découvrent leur audace. De leurs desseins secrets je recherche la trace j J'aurai les yeux ouverts sur ce pressant danger.
CLAUDIUS
Informe-toi de tout, rien n'est à négliger. Songe aux grands intérêts que je livre à ton zèle ; Sors , va tout disposer pour ma grandeur nouvelle. Mais Hamlet et la reine approchent de ces lieux.
4o HAMLET.