CLAUDIUS, GERTRUDE, HAMLET, NORCESTE
Mon fils, toujours des pleurs mouilleront-ils vos yeux?
De ce fi'ont obscurci de nuages si sombres
Que la voix d'une mère ëclaircisse les ombres.
Songez, en repoussant ces ténébreux soucis ,
A ce trône éclatant où vous serez assis.
Oui , tout vous est garant de la faveur céleste :
L'appui de Claudius, l'amitié de Norceste,
Mon amour et mes vœux, doivent vous rassurer.
Un jour plus pur se lève et vient nous éclairer.
Le peuple rassemblé frémit d'impatience ,
Et demande à grands cris votre auguste présence.
Paraissez à leurs yeux comme un astre qui luit,
Pâle encor, mais vainqueur des ombres de la nuit.
Vous ne répondez point. Toujours à votre mère
De vos profonds chagrins vous cachez le mystère.
Parlez : un mot de vous , dissipant mon ennui...
CLAUDIUS, à Gertrude.
Pourquoi presser Hamlet? Ses secrets sont à lai. Déjà pourtant son front me paraît moins sévère. Prince, vous ne pouvez trop regretter un père: Votre deuil justement lui prodigue ses pleurs j Mais le temps doit calmer les plus vives douleurs. L'homme de sa raison doit toujours faire usage; Il doit faire céder la souflrance au courage. C'est un bonheur pour vous que par un prompt retour Le ciel ait rappelé Norceste à votre cour. Dans nos ennuis du moins l'amitié nous soulage.