ACTE Iir, SCÈNE IL
J'en ai déjà senti le charme et l'avantage. Vous avez vu Norceste?
CLAUDIUS
Il a d'abord porté Ses premiers pas vers vous.
Il vous eût raconté La triste mort du roi que pleure l'Angleterre.
CLAUDIUS
Oui, le bruit s'en répand : ce n'est plus un mystère.
HAJMLET.
Dit- on par quelle main?
XORCESTE.
Vous savez quels discours Souvent la mort des rois fait naître dans les cours. Parmi tous ces faux bruits , malaisés à comprendre, Qu'au trépas de ce roi l'on se plut à répandre , On dit que le poison...; mais je ne le crois pas.
CLAUDIUS
Eh! comment supposer de pareils attentats?
Mais qui soupçonne-t-on de cet énorme crime?
NORCESTE.
Un mortel honoré de la publique estime.
HAîklLET.
Enfin qui nomme-t-on?
NORCESTE.
Un prince de son sang , Qu'après lui la naissance appelait à son rang.
GERTRUDE
Vous a-t-on informé qu'il eût quelque complice?
NORCESTE.
Oui...
IIAMLET.
La reine peut-être?
GERTRUDE
0 ciel I... par quel indice A-t-on pu découvrir...?
NORCESTE.
Je l'ignore.
GERTRUDE
En secret Quel motif donne-t-on d'un aussi grand forfait?
NORCESTE.
L'amour du diadème , une flamme adultère.
Bas à Hamlet.
Il n'est point troublé.
HAMLET, has, à Norceste.
Non , mais regarde ma mère.
CLAUDIUS
Prince , on l'a vu souvent : l'ambition , l'amour , Par de fatals excès ont troublé cette cour. Mais , prince , loin de vous de si tristes images ! Sans accuser de loin ces dangereux rivages , N'avons- nous pas assez de nos propres malheurs? Laissons à l'Angleterre et son deuil et ses pleurs : L'Angleterre en forfaits trop souvent fut féconde.
Les forfaits en tout temps sont l'histoire du monde. Sortons, Norceste.