ACTE II, SCÈNE II
On se cherche, on s'attaque et sans ordre et sans choix. Ce n'est plus un combat , c'en est mille à la fois. La fureur nous aveugle , et les roches frappées De nos mains en éclat font voler nos épées. Des poignards aussitôt arment les combattants. On perce, on est percé sur des corps palpitants. Je ne vois plus alors sur la terre sanglante Que la rage qui tue, ou la rage expirante. Déjà, déjà Cador semait partout l'eflFroi; Macbeth vole vers lui : a Viens , dit-il , à ton roi , « Viens payer par ta mort la peine qui t'est due. » La victoire un moment à peine est suspendue : Il fait tomber sa tête, et son bras furieux La saisit dégouttante et l'offre à tous les yeux. L'ennemi cède alors , et connaît les alarmes. Il jette en frémissant ses drapeaux et ses armes. Nos cris font retentir les sommets du Valda , Les torrents de Malmor, les échos de Loda. Dans nos sombres vallons la terreur les disperse ; Du haut de nos rochers la frayeur les renverse. Tels tombent du torrent les flots précipités. Et de tant de soldats pour Cador révoltés , Qui soutinrent sa cause aux champs de la Molvide, Vers les antres d'Olberg, sur les bords de la Clyde , Il n'en est pas un seul qui, tombant sous nos coups, N'ait mordu la poussière ou fléchi devant nous.
FRÉDEGONDE.
Herfort a de Macbeth partagé la victoire?
LOCLIX.
Herfort de ce combat est sorti plein de gloire. On l'en tira mourant ; mais, blessé, furieux , Il combattait encore et du geste et des yeux. Le repos est pour lui le seul mal qu'il endure. Puisque son roi triomphe , il chérit sa blessure. L 29
558 MACBETH
Il n'est point d'Ecossais qui , de la gloire épvis,
Ne désire et^combattre et mourir à ce prix.
FRJÉDEGONDE.
Ah! Macbeth est vainqueur! sa f;loire est mon ouvrage. C'est moi qui la première éveillai son courage. Il fut un temps , ami , où l'ombre et le repos Le cachaient à lui-même et m'ôtaient un héros. Dans l'Ecosse aujourd'hui de quel titre on le nomme! Macbeth n'était qu'un prince, et j'en fis un grand homme. On juge bien souvent quand on croit pressentir; Mais dit-on de son camp qu'il soit prêt à partir? L'appareil de la gloire a-t-il pour lui des charmes?
LOCLIN.
Il voit de nos vaincus les drapeaux et les armes,
Mais d'un regard tranquille et sans être étonné .
D'une pompe guerrière il marche environné.
Dans son air, son maintien, sa victoire est écrite.
Mais si son camp l'admire et s'empresse à sa suite,
Si de son noble front notre oeil est enchanté.
Ce n'est point de ses traits la grâce et la fierté ,
JVi de ses autres dons le brillant avantage.
Qui seuls ont subjugué nos cœurs et notre hommage :
C'est ce corps endurci , ce port audacieux,
Ce bras toujours armé, cet éclair de ses yeux,
Cette ardeur d'un héros, sanglant, couvert de gloire ,
Redoublant le péril pour hâter sa victoire.
Et pourtant toujours calme au milieu des hasards.
Voilà par quels attraits il charme nos regards;
Et si, dans votre rang, de superbes épouses
De la grandeur d'une autre en secret sont jalouses,
Qui d'elles ne voudrait s'honorer d'un époux
Qui met tant de lauriers , de gloire à vos genoux?
FRÉDEGONDE.
A ce noble discours , guerrier fier et terrible,