‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 240 sur 489 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MALCOME , SÉVAR.

MALCOME.

Mon- père , en ce moment , vous ne les suivrez pas?

SÉVAR.

Non, mon fils. (^ part,)l\ est loin de percer ce mystère. Ce nom lui cache encor que Duncan est son père.

MALCOME.

Enfin, d'un bras vengeur, Macbeth victorieux A puni dans Cador un monstre audacieux. Après tant de forfaits , après tant de misères, • Le combat d'Inverness a terminé nos guerres. 0 trop heureux Duncan !

SÉVAR.

Mon fils , le noir soupçon Sans doute à son bonheur doit mêler son poison. Hélas! sans doute encor la crainte l'environne. Si Macbeth sur son front affermit la couronne, De l'intrépide Herfort si le bras l'a servi. Il voit avec douleur que Menteth l'a trahi ; Que ses juges bientôt, et dès ce jour peut-être, Vont prononcer l'arrêt qu'a mérité le traître. Que de funestes bruits me viennent accabler!

MALCOME.

Il en est un surtout qui nous a fait trembler.

0 monpère! est-il vrai, quand nos monts s'obscurcissent,

Qu'au jour faible et douteux des astres qui palissent,

De noirs enchantements aux cercueils étonnés

Ont arraché des morts de revivre indignés?

5^0 MACBETH

Est-il vrai qu'on a vu des déesses livides

Dans nos sombres forêts cacher leurs pas perfides ,

En sortir tout à coup , et les mères soudain

Emporter en fuyant leurs enfants dans leur sein -,

Les pasteurs, les troupeaux, pleins d'une horreur subite,

Dans le creux des vallons précipiter leur fuite;

Des guerriers, à l'aspect de ces monstres nouveaux ,

Se renverser d'effroi, cachés dans leurs drapeaux?

Est-il vrai que les vents les rapides nuages

Sur ce palais antique ont poussé leurs orages 5

Qu'à l'éclat de la foudre on a vu des vautours

De leurs combats dans l'air ensanglanter ces tours ?

Que peuvent annoncer ces terribles présages ?

SÉVAR.

De votre âme, mon fils, écartez ces images. Songez plutôt, songez qu'au gré de nos souhaits, Macbeth dans ce grand jour va revoir ce palais.

MALCOME.

Ciel! avec quel plaisir, après sa longue absence, Il va revoir son fils, caresser son enfance ! Que n'ai-je pu, mon père, ayant servi mon roi , Sur ses pas aujourd'hui me montrer devant toi ! Mais je t'aurais quitté. Mon sort digne d'envie Enchaîne à ton destin mon bonheur et ma vie.

SÉVAR.

Ainsi , je le dois croire, une inquiète ardeur , Un aveugle désir de gloire et de grandeur, Ne t'arracheront pas à ma vive tendresse?

MALCOME.

Pourrais-je abandonner mon père en sa vieillesse?

SÉVAR.

Tes jours auprès de moi coulent donc sans ennuis?

MALCOME.

Je rends grâce au destin qui me place où je suis.

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