SCÈNE VI
MACBE Tli , FRÉDEGONDE.
FRÉDEGONDE.
Macbeth, vous me cachez une secrète peine. Craignez-vous près du roi quelque lâche envieux, De qui votre victoire ait ofïensé les yeux?
MACBETH
Il en est un. Nolfock a déjà su m'instruire
Que dans le cœur du roi sans doute il veut me nuire.
FRÉDEGONDE.
Eh ! quel est-il ?
MACBETH
Glamis.
FRÉDEGONDE.
Faut-il s'en étonner?
344 MACBETH
Déjà depuis long-temps j'ai dû le soupçonner.
Quoi! ne voyez-vous pas comment sa lâche adresse
Du facile Duncan gouverne la vieillesse?
Je sais que, le roi mort, le droit sacré du sang
L'appelle à la couronne et l'élève à son rang.
Mais cet espoir prochain dont son âme est ravie
Ne l'a point préservé des fureurs de l'envie.
Sur Macbeth , illustré par tant d'heureux combats ,
Il cherche à se venger d'un éclat qu'il n'a pas.
Cruel dans l'indolence, actif dans la mollesse ,
Sa vile ambition s'aigrit par la paresse.
Il porte, en s'agitant , le poids de sa langueur ,
Et ne peut pardonner la victoire au vainqueur.
Comment soutiendrait-il la trop vive lumière
Du jour qui vient dans l'ombre accabler sa paupière.
Oublîrai-je qu'ici (souvenir plein d'horreur !)
Des brigands dans la nuit répandant la terreur.
D'un vaste embrasement, du meurtre et du pillage
Partout à mon réveil je rencontrai l'image.
J'étais mère , Macbeth : dans son berceau brûlant
Je courus à la flamme arracher mon enfant.
Parmi les cris , les feux , les poignards homicides ,
Je le serrai tremblant de mes bras intrépides.
Il était temps encor. Mais quand dans ce palais
La fuite des brigands eut ramené la paix ,
Je songeai , cher Macbeth , que j'étais encor mère.
Quand revoyant enfin mon fils et la lumière,
Lorsque je crus , hélas ! au doux son de sa voix ,
Le faire naître encor une seconde fois ,
Dans ce trouble confus de mon âme oppressée ,
Glamis vint tout à coup s'offrir à ma pensée.
MACBETH
Mais je ne croirai pas , sans en être certain , De ces brigands cruels qu'il ait armé la main.