‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 245 sur 489 · ACTE II , SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE VI

FRÉDEGONDE.

Je saurai par Nolfock éclaircir ce mystère. Il t'aime, il a des yeux , il est juste et sincère. Nous connaîtrons bientôt quels sont nos ennemis. Mais quoi ! je vois errer vos yeux mal affermis ! De ces murs lentement ils parcourent l'enceinte. Sur votre front , Macbeth, la tristesse est empreinte. De quelque ennui profond seriez -vous occupé ?

MACBETH

Quel est donc, réponds-moi , l'objet qui m'a frappé? Dans les bois d'Inverness, au milieu de ces roches Qui de ce palais sombre attristent les approches , Une femme a paru , fuyant sur mon chemin , Un diadème au front , et le sceptre à la main ; Son regard m'a troublé-, son air, son port terrible, M'ont saisi tout à coup d'une crainte invincible. Qui peut-elle être ?

Et quoi ! la méconnaissez-vous ?

Le grand nom d'Iphyctone est-il nouveau pour nous ? Les dieux dans leurs secrets lui permettent de lire : Elle y voit les états se heurter, se détruire , Les forfaits ignorés , ceux que l'on doit punir, Et semble d'un regard dévorer l'avenir.

On vient la consulter du fond de l'Hibernie , Des îles de Ferro , de la Scandinavie. Dans ses augustes mains un sceptre révéré De ses prédictions est le garant sacré. Tantôt, au bruit des vents, sous des pins solitaires, Elle aime à consommer ses sauvages mystères -, Tantôt dans les palais sa formidable voix Eclate, et sur leur trône épouvante les rois-. Quelquefois, dans la nuit sous ces voûtes antiques, Elle recueille en paix ses esprits prophétiques ,

546 MACBETH

Elevant vers le ciel un œil fixe, arrêté, Confident des décrets de la divinité.

Elle est ici.

MACBETH

Grands dieux !

FRIÎDEGONDE.

Eh bien ! que cî?ains-tu d'elle ?

C'est sans doute en ces lieux ton destin qui l'appelle. N'a-t-elle pas prédit ta gloire , tes exploits , Ce bras victorieux et vengeur de nos rois , L'audace de Cador, nos discordes , nos guerres , Donalbain expirant sous des mains meurtrières ! Je ne te parle point de ce jeune héritier Où l'espoir de Duncan reposait tout entier, De ce faible Maîcome emporté dès l'enfance , Dont la mort de si près a suivi la naissance, Dont le père, à nos yeux, a pleuré le trépas. Si mes pressentiments ne m'éblouissent pas , Qui sont donc , entre nous (regarde près du trône)', Ceux qu'avant toi le sang appelle à la couronne? Menteth , qai , par Cador dans sa brigue entraîné , Par ses juges peut-être est déjà condamné ; Herfort, qui va bientôt , du moins le camp l'assure. Malgré nos vaina secours , mourir de sa blessure. Enfin , Macbeth , enfin , après la mort du roi , Il n'est plus que Glamis entre le trône et toi. On pourrait se flatter... Excuse ma faiblesse; D'un désir curieux je ne suis point maîtresse. Iphyctone entretient commerce avec les dieux : Je voudrais... Qu'elle est lente à paraître à mes yeux ! Oui , du plus grand bonheur sa présence est le gage... Elle vient , cher Macbeth , achever son ouvrage. J'en conçois, je l'avoue, un présage flatteur. Vois jusqu'où t'ont porté ta gloire et ta valeur 1

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