ACTE III, SCENE II
MACBETH
Et quel est-il ?
FRÉDEGONDE.
Macbeth , ma faute est excusable.
Ah ! j'ai voulu sortir d'un doute insupportable. Iphyctone découvre et prédit l'avenir.
MACBETH
Tu l'aurais consultée? 0 ciel !
FBilDEGOXDE
Pourquoi frémir?
Je la quitte à l'instant. Sur tout ce qui te touche La vérité , Macbeth , a parlé par sa bouche. Elle semblait te voir. On eût dit que les dieux , Ainsi que tes destins , te montraient à ses yeux -, Que ses yeux enchantés, témoins de ta victoire , Te suivaient dans ton vol au faîte de la gloire. « Écoute , a-t-elle dit : dans le champ des guerriers {< Ton noble front , Macbeth , s'est couvert de lauriers. « Il ne te manque plus que le rang de ton maître. « Sur cet illustre rang , qui t'éblouit peut-être , « Voici ce que le ciel t'annonce par ma voix : « A l'Ecosse bientôt tu donneras des lois. « Mon sceptre n'est point faitpom' sceller un mensonge. (c La couronne t'attend. Souviens-toi de ton songe. « Règne , règne , Macbeth ! »
MACBETH
Mon doute est éclairci.
Le pouvoir du destin se manifeste ici.
« Souviens-toi de ton songe. » 0 ciel ! quelle puissance De ce songe étonnant lui donna connaissance!
FRÉDEGONDE.
N'oubliez pas , Macbeth , qu'un billet vous attend , Et qu'il cache peut-être un secret important. Ce billet m'inquiète.
558 MACBETH
MACBETH
Allons , je veux le lire 5 Et de tout aussitôt je reviendrai t'instruire.
A part , en s'en allant.
La couronne t'attend.
SCÉINE III.
FRÉDEGONDE , seule.
Enfin je l'ai séduit.
Il court dans son ivresse où l'espoir le conduit. Il ne m'objecte plus , dans un humble langage , Ces timides raisons qui glacent le courage. Des fureurs du désir son sang est allumé ; La couronne l'enflamme , et le charme est formé. 0 ciel ! si de Mentelh le trépas légitime Déjà par son supplice eût expié son crime ! Si l'intrépide Herfort , dans le combat blessé , Eût expiré bientôt des coups qui l'ont percé!... Le roi ne vivant plus , pour remplacer son maître, Alors , avant Macbeth , je ne vois plus qu'un traître. Ce traître est dans nos mains : donnons-lui le trépas. Non, Glamis, non , Duncan , vous n'échapperez pas. Le sort vous a conduits dans ce palais funeste ; Le sort a commencé , j'achèverai le reste. Leur sommeil sera long. Ces lieux verront demain Macbeth parler en maître , et le sceptre à la main. Le sceptre... ahî ce seul bien pouvait remplir mon âme. RevienSjMacbeth, reviens; mêmeardeur nous enflamme-, Reviens. Ce peu de sang que ta main va verser, Quelques soins d'un moment vont bientôt l'effacer. Frappe et règne. Et vous , trône , ambitieuse ivresse , Aveuglez mon époux , éclairez mon adresse !