‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 274 sur 489 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Quels étaient vos plaisirs ?

MALCOME.

La paix , la liberté , Parmi mes compagnons la douce égalité, Par d'utiles travaux la pauvreté vaincue , L'innocence en danger par mes mains défendue. Quelquefois un mortel de sa route écarté A qui j'offrais l'asyle et l'hospitalité. MACBETH, «par^.

Ah , dieux !

MALCOME.

Dans nos déserts qu'importe la richesse? J'exerçais librement ma force et mon adresse. Mon cœur sous l'humble toit où je fus apporté D'un facile bonheur s'est toujours contenté. Sévar a su m'apprendie à fléchir sans murmure Sous le joug qu'à tout homme imposa la nature. Mes rochers me sont chers , et ces tristes palais A mes yeux sans douleur ne s'offriront jamais.

MACBETH

Mais à régner enfin l'Ecosse vous appelle.

MALCOME.

Bien mieux que moi , Macbeth , vous régnerez sur elle. On ne m'a point instruit aux grands devoirs des rois : Je n'ai jamais connu que mon arc, mon carquois. Puis-je lever les yeux vers cet honneur insigne?

MACBETH

Prince , voilà pourquoi vous en serez plus digne. Nourri dans les forêts et dans la pauvreté , Le ciel auprès de vous plaça la vérité. Jamais un courtisan n'a pu par son adresse Du rang suprême encor vous inspirer l'ivresse. Votre devoir est grand : osez l'envisager.

3«2 MACBETH

Dans votre état obscur vous avez dû songer

Quel est de ce devoir le caractère auguste.

Il veut qu'on soit vaillant, qu'on soit bon, qu'on soit juste

Eh bien I est-il emploi plus touchant et plus beau ?

Ecoutez vos penchants , marchez à ce flambeau.

Si vous aimez le peuple, et savez le défendre.

Votre cœur vous a dit tout ce qu'il faut apprendre.

Oui , le peuple l'ordonne , il lui faut obéir ;

Moi-même je vous veux forcer à le servir.

A part , avec transport.

Je suis encor moi-même. 0 moment plein de charmes ! Je te rends grâce, ô ciel ! tu m'as rendu les larmes !

MALCOME.

De mon père , Macbeth , vous plaignez les malheurs. Vous l'avez défendu, vous lui donnez des pleurs.

MACBETH

Ah ! prince, croyez-moi , j'ai besoin d'en répandre. Mais le sceptre est à vous, c'est à moi de le rendre. Oui , prince, je vous l'offre -, et je l'aurai quitté Avec plus déplaisir que je ne l'acceptai. Ce palais est plongé dans une nuit profonde : Gardez-vous en marchant d'éveiller Frédegonde , Et n'interrompez pas un sommeil que cent fois Les souvenirs du jour ont troublé chez les rois.

11 sort.

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