ACTE II, SCENE VIL loi
Servir la république au milieu des combats. Libre dès mon berceau, rivant dans une armée , Heureux enfant du sort et de la renommée , Ne chercbant que la gloire , et sans songer qu'un jour Ce cœur indépendant dût connaître l'amour, Au cours de mes destins j'abandonnais ma vie. Mais, depuis qu'à l'amour mon âme est asservie , J'ai pris un nouvel être. Il me semble et je crois Que j'existe en effet pour la première fois. A quels heureux transports tout mon cœur s'abandonnel Oui, pour un seul regard, pour un mot d'Hédelmone , Je céderais la pompe, et tous ces vains lauriers Qui parent le triomphe et le front des guerriers. Oui, l'amour , cher Pézare, (aurais-je pu le croire I ) Produit presque dans moi le dédain de la gloire. Conçois-tu , mon ami , l'excès de mon ardeur I Tant d'amour, je le vois, étonne ta froideur -, Mais son charme à ton cœur ne s'est point fait connaître. Hélas I de bien des maux tu t'affranchis peut-être. Ami , sous nos drapeaux , la fortune , je crois , Va m'appeler encore à de nouveaux exploits : Si je reviens vainqueur , si le sort me couronne , Penses-tu qu'Odalbert à la fin me pardonne ? Que , sensible à ma gloire. ..
PÉZARE.
Ah ! ne t'en flatte pas !
Connais mieux , mon ami , le cœur de ces ingrats , De ces nobles ligués pour dévorer ensemble Ce plaisir de régner qui lui seul les rassemble. Vois comme ils ont d'abord détruit l'égalité. Au peuple inattentif ravi sa liberté , Et, laissant à ses droits une vaine apparence , Pour eux seuls en effet conservé la puissance. Le peuple élève au ciel ta valeur, ta vertu -,
,o2 OTHELLO.
Mais tu n'es, pour ces grands, qu'un soldat parvenu.
OTHELLO
Un soldat parvenu ! Ce mot de l'insolenoe ,
Ce mot m'oblige au moins à la reconnaissance.
Oui , grâce à leurs dédains , de moi seul soutenu ,
J'ai mérité ce nom de soldat parvenu.
Ils n'ont pas , tous ces grands , manqué d'intelligence
En consacrant entre eux les droits de la naissance.
(>oinme ils sont tout par elle, elle est tout à leurs yeux.
Que leur resterait-il s'ils n'avaient pas d'aïeux?
Mais moi, fils du désert, moi, fils de la nature.
Qui dois tout à moi-même, et rien à l'imposture ,
Sans crainte, sans remords, avec simplicité ,
Je marche dans ma force et dans ma liberté.
Odalbert cependant, ami, je le confesse,
Souvent d'un cœur humain m'a montré la tendresse.
Il n'a point de l'orgueil l'inflexible rigueur,
Et la nature encor peut parler à son cœnr.
PÉZARE.
Ne crois pas triompher de cet orgueil barbare. Non, jamais Odalberc ne voudra...
OTHELLO
Cher Pézare , Les moments nous sont chers : je vais donc en ce jour Assurer par l'hymen sa fille à mon amour. Je l'avoûrai pourtant , cet Odalbert m'afflige ; Ses droits , son nom de père à le plaindre m'oblige. J'ai livré sa vieillesse à d'éternels soupirs. S'il se perdait!... Ici, même au sein des plaisirs, Dans tous les lieux , sans cesse , ouvrant l'œil et l'oieillo, En paraissant dormir, le gouvernement veille. Ténébreux dans sa marche , il poursuit son chemin -, Muet , couvert d'un voile, et le glaive à la main , Il cache au jour l'arrêt , la peine , la victime,