SCÈNE III
HÉDELMONE, LORÉDAN.
Hermance accompgne Lorédan, et se retire après l'avoir introduit. HÉDELMONE.
Noble inconnu , quand tout doit m'alarmer, N'avez-vous rien appris qui puisse me calmer? Mon père....
LORÉDAN
On dit, madame, et ce bruit m'inquiète,
io6 OTHELLO.
Que loin de sa patrie il cherche une relraite, Qu'il a par ses discours outragé le sénat, Pris Venise en horreur, et maudit tout l'état, Et déjà sourdement , par des intelligences , Avec nos ennemis concerté ses vengeances.
IIÉDELMONE.
Non , je connais mon père : il peut, dans une erreur, Avoir par des discours exhalé sa fureur; Mais lui , trahir l'état ! L'état dans nos ancêtres A compté des héros , et n'a point vu de traîtres. Mon père descend d'eux , il doit leur ressembler; Et je l'outragerais si je pouvais trembler. LORÉDAN'.
Je pense comme vous, et même sa furie
Montre avec quel excès il aimait sa patrie.
Mais ce cœur paternel , vous l'allez désarmer.
Comment à vos soupirs pourrait-il se fermer ?
Ah I la paix va rentrer dans ces yeux pleins de charmes ,
Et l'hymen et l'amour en essuîront les larmes.
Mais moi , désespéré •, mais moi , né pour souffrir,
Qui déteste la vie , et qui cherche à mourir...
Ah! madame, avez-vous, en me plaignant encore.
Obtenu d'Othello le seul bien que j'implore?
Pourrai-je enfin le suivre, et voler aux combats?
Devrai-je à vos bontés la faveur du trépas ?
HÉDELMONE.
J'allais , seigneur , j'allais vous tenir ma promesse , Othello m'écoutait... Vos traits, votre jeunesse. Votre sombre douleur, cet intérêt , hélas ! Qu'on sent pour un héros qui cherche le trépas , Ce mouvement si doux , dont la pitié nous touche , Ont arrêté mes mots expirants dans ma bouche... Pourquoi vous obstiner dans ce triste dessein?