‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 354 sur 489 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

LORÉDAX.

Hélas ! plus que jamais je le porte en mon sein.

HÉDELMONE.

Mais le ciel à vos vœux conserve encore un père?

LORÉDANT.

Oui , madame.

HÉDELMOJTE.

Eh! pourquoi causez -vous sa misère?

LORÉDAX.

Mon désespoir m'y force, il trouble ma raison.

HÉDELMONE.

Ah I gardez- vous , seigneur, de quitter sa maison !

LORÉDAV.

Dans l'univers entier je ne vois plus d'asyle.

Il fut un temps, hélas! où mon cœur plus tranquille...

HÉDELMONE.

Eh ! seigneur, achevez, fiez-vous à ma foi : Votre rang, votre nom? parlez , répondez-moi.

LORÉDAN

Madame... non, jamais...

HÉDELMONE.

Quelle est votre naissance?

Où votre père a-t-il élevé votre enfance?

LORÉDAN

Madame, un étranger fut chargé de ce soin.

HÉDELMONE.

Un étranger! Pourquoi?

LORÉDAN

Le ciel m'en est témoin , Je n'ai point accusé la tendresse d'un père : îl craignait pour mes jours une main meurtrière. Dans nos troubles civils un vieillard vertueux Gouverna par ses mœurs mon âge impétueux. Le ciél , dans sa retraite, entoura mon enfance

io8 OTHELLO.

Des plus touchants objets que chérit l'innocence, De pères satisfaits, d'enfants, d'époux heureux, Vivant de leurs travaux , se soulageant entre eux. J'admirais cette vie et si douce et si pure, Ce facile bonheur que donne la nature.

Ce calme heureux du cœur, vrai charme de nos jours , Ce bonheur d'un moment qu'on regrette toujours. D'Othello, dans nos champs, on vantait la victoire. Je volai sur ces bords. Là, témoin de sa gloire, Je contemplai Venise , et ces arcs triomphaux , Où l'or et les lauriers couronnaient ses drapeaux. Non, je ne vis jamais une pompe aussi belle , D'un auguste sénat la marche solennelle , Ces temples , ces soldats , ces cris , ces matelots j Tout ce peuple enchanté répandu sur les flots ; En immenses clartés les ténèbres fécondes Embrasant de leurs feux et le ciel et les ondes -, Othello qui, modeste et simple avec grandeur, Semblait de son triomphe ignorer la splendeur... Mon âme à ces objets s'arrêtait suspendue ; Une jeune beauté frappa soudain ma vue : Tout ce triomphe alors disparut à mes yeux ; Son regard enchanteur sembla m'ouvrir les cieux. Je sentis dès l'instant que mon âme asservie Lui livrait sans retour et mon sort et ma vie. Mon amour inquiet ne pouvait la quitter. 0 ciel ! combien de fois , prompte à me tourmenter. Sous le triste Apennin se montra son image I Je l'emportais partout, sous un antre sauvage. Dans le fond des déserts, sur les bords d'un toiTent Où mes yeux abusés la cherchaient en pleurant. Mon infortune enfin vient d'être consommée. L'hymen comble ses vœux ; elle aime , elle est aimée : Du sort qui me poursuit voilà les derniers coups j

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