OPHÉLIE, HAMLET
OPHÉLIE
Seigneur, souffrez qu'ici , pour la dernière fois , Une amante à vos pieds fasse entendre sa voix. Pour mon père tantôt votre haine inflexible A pénétré mon cœur du coup le plus sensible. Il n'aspirait , hélas I qu'à vous voir mon époux 5 Il vous plaint , il vous aime , il s'attendrit sur vous 5 Il voudrait, s'il se peut , vous tenir lieu de père.
Lui , ce barbare I
OPHÉLIE
0 ciel ! quelle ardente colère A son nom seulement étincelle en vos yeux I S'il excitait lui seul vos transports furieux ! Si c'était lui... je tremble... hélas!
Qu'osez-vous dire?
OPHÉLIE
Votre cœur en secret à la vengeance aspire : Voilà de vos chagrins le principe inconnu. Par la haine entraîné , par l'amour retenu... J'entrevois... oui, seigneur, le soin qui vous anime Cherche à frapper ici quelque grande victime. Vous prétendez en vain me le dissimuler : Celui que votre bras va bientôt immoler...
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OPHÉLIE
C'est mon père 5 oui , seigneur , c'est lui-même. Tantôt , à son aspect , votre surprise extrême , Votre horreur , vos discours , vos funestes transports ,
r>4 HAMLET.
Cette ombre tout à coup quittant le sein des morts...
Non , je n'en doute plus , votre sombre furie
Du sang de Claudius brûle d'être assouvie.
Mais pourquoi l'accuser? quel forfait est le sien?
Vous , massacrer mon père !
Il m'a privé du mien.
OPHÉLIE
Quelle erreur te séduit !
Je sais ce qu'il faut croire ; Le ciel s'est expliqué.
OPHÉLIE
Tu vas souiller ta gloire.
Ma gloire est d'être fils.
OPHÉLIE
Et la mienne, à mon tour, Est au devoir du sang d'immoler mon amour. Je n'examine point si mon père est coupable. De complots , d'attentats je le crois incapable •, Mais eût-il sous mes yeux sacrifié son roi , Criminel pour tout autre , il ne l'est pas pour moi ; Il est mon père enfin : je prendrai sa défense. Sur quel droit cependant fondes-tu ta vengeance? Je vois quel trouble horrible a séduit ta raison : Tu n'as devant les yeux que meurtre, trahison-, Ton cœur avec plaisir, pour venger la nature, D'un crime imaginaire a conçu l'imposture. D'un sang qui m'est si cher rougirais-tu ta main ? Quoil tu connais l'amour, et tu n'es pas humain? Hélas ! combien le ciel trompait mes espérances ! Aux autels de l'hymen mon cœur volait d'avance ; C'est là que j 'espérais t'accepter pour époux :