SALEM A
Tu ne le sauras poiut...
ODÉIDE.
Ma sœur, je vous conjure...
SALÉMA.
Oh ! songe trop funeste ! oh ! trop funeste augure î
ODÉIDE.
Votre cœur n'ose-t-il se fier à ma foi?
SALÉMA.
Ma sœur, tu vas frémir !
ODÉIDE.
N'importe , instruisez-moi.
Vos ennuis sont les miens: pouvez-vous me les taire?
SALÉMA.
Écoute quel re'cit, ma sœur, je te vais faire!... Et , puisque tu le veux , vois sous quelles couleurs Les cieux m'ont annoncé le plus grand des malheurs ! Pour vaincre mes ennuis , par le conseil d'un père, Ce matin vers nos champs je marchais solitaire, Voulant y recueillir par d'utiles travaux Le fruit de nos palmiers, le lait de nos troupeaux. Aux plus doux sentiments , à la paix disposée , Je ne sais quelle erreur égarait ma pensée ; J'allais , je regardais , mon œil ne voyait pas ; Un charme inexprimable entraînait tous mes pas -, Mon esprit enivré, plein de son propre ouvrage , Se cherchait un bonheur, s'en composait l'image.