‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 409 sur 489 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Pour mieux goûter, ma sœur, ce plaisir si profond D'un cœur qui s'entretient , se parle , se répond , Qui s'écoute! et surtout qui craint de se distraire. Je me suis recueillie à l'ombre solitaire D'un arbre du désert , où mes esprits charmés , Séduits par la fraîcheur, par le repos calmés , Quand déjà le soleil de feux couvrait sa route, Aux douceurs du sommeil se sont livrés sans doute, j'ai cru que dans la Perse , et sous des cieux si beaux , J'errais parmi les fleurs, les moissons, les ruisseaux. Les ombrages, les fruits, mille autres dons encore Que le Persan reçoit de l'astre qu'il adore. Tandis qu'à mes esprits vivement enchantés Tant de riches trésors s'offraient de tous côtés. Un jeune homme charmant sembla frapper ma vue. Son front était pensif, son âme était émue ; Dans ses yeux pleins de flamme , où régnait la pudeur, Je ne sais quoi de tendre en modérait l'ardeur. Parmi ces fleurs , ces fruits , ces eaux , cette verdure, II semblait s'embellir de toute la nature ; Et la nature aussi, dont il était l'amour, Semblait de son aspect s'embellir à son tour. Mais lorsque avec transport observant son visage De quelques traits chéris j'y démêlais l'image, A mon bonheur à peiue osant ajouter foi , Tout cet enchantement s'est enfui loin de moi. Dans un vaste désert je me crois transportée, Sur une terre aride , inculte , inhabitée , Meurtrière , brûlante , où des cieux enflammés Dévoraient jusqu'aux rocs de leurs feux consumés. Un jeune voyageur devant moi se présente. Il me semblait mourant. Eperdue et tremblante , Je cours , dans ma piûé , le sauver du trépas •, Du sable , en gémissant , j'arrache tous mes pas -,

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Je m'arrête, et je marche , et je tremble , et j'espère ,

Je m'efforce , j'approche : hélas ! c'était mon frère.

ODÉIDE.

Lui!

SALÉMA.

Lui-même , Farhan. « Ma sœur, dit-il, c'est toi I « Viens-tu t'ensevelir sous le sable avec moi? '( Hélas ! la même ardeur dans notre sein s'allume ; « Cet air, ce vent de feu tous les deux nous consume. « Entends-tu, Saléma, l'aquilon mugissant? « Par le sable obscurci , le soleil pâlissant « Semble expirer au loin dans ce rayon funeste : « C'est son dernier pour nous, c'est le seul qui nous reste. Nos pieds alors , nos pieds cherchent à s'affermir Sur un sable tremblant , prêt à nous engloutir •, Nous pâlissons tous deux , nos cheveux se hérissent : Nous nous tendons les bras, nos corps glacés fléchissent , Et ces sables muets, cette mer sans courroux , S'entr'ouvre , nous dévore, et se ferme sur nous. Ma sœur, j'étouffe encor. Mais tu verses des larmes ! Juste ciel! tu frémis !... d'où naissent tes alarmes?

ODÉIDE.

Ma sœur, vous n'aurez plus à trembler sur son sort. Ce songe... hélas ! Farhan...

SALÉMA.

Quoi! ma sœur...

ODÉIDE.

Il est mort.

SALÉMA.

Grâce au ciel, la douleur reste seule à mon âme! Je ne crains plus enfin ma détestable flamme.

ODÉIDE.

Qu'entends-je I quels forfaits I ô déplorable jour I Se peut-il...?

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