‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 415 sur 489 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Ce même sol tous deux ne peut plus nous souffrir. Va, fuis -, sors de ma tente , ou je vais en sortir.

FARHA>r.

J'obéis , il le faut , à la voix paternelle , Sans doute avec douleur, mais sans me plaindre d'elle. Le voyageur pourtant , le mortel égaré , Consumé par la faim , par la soif dévoré , En tout temps trouve ici la tente de mon père. Le pain qui le nourrit, l'eau qui le désaltère. Dans la main d'Abufar le gage de sa foi ; Mais sa tente et son cœur se sont fermés pour moi. Pour moi dans l'univers il n'est plus qu'un asyle. Je m'en vais donc goûter enfin, calme et tranquille. Cette hospitalité , ce doux et long repos Qu'un malheureux du moinstrou ve au fond des tombeaux. J'approcherai sans peur du juge incorruptible Qui lit seul dans les cœurs , et n'est pas inflexible. Peut-être à mes raisons , s'il m'avait entendu , Le sévère Abufar se serait-il rendu.

Je perdrai peu de chose en perdant la lumière -, Mais j'emporte au tombeau la haine de mon père : Voilà le dernier coup pour ce cœur abattu. Adieu , je vais mourir.

ABUFAR

Eh bien I que diras-tu?

FARHAN.

Je dis que le destin , que le ciel dans mon âme Versa de nos climats et l'ardeur et la flamme ; Qu'un besoin fatigant , un désir furieux De sortir de moi-même et de voir d'autres cieux , Un de ces niouvenients qui commandent en maître , Que l'instinct nous inspire, ou la raison peut-être, M'ont emporté partout dans ces champs fécondés Par les trésors du Nil dont ils sont inondés,

if,(i ABtFAR.

Sous ces affreux rochers batlqs par la tempête,

Où ce fleuve s'enfonce , et cache encor sa tête.

J'ai couru les déserts et les palais des rois ,

Observé chaque peuple , et leur culte, et leurs lois,

Leurs trésors , leurs soldats , leurs mœurs , les origines;

Visité des tombeaux, des temples , des ruines ;

Quelquefois sur l'Atlas médité près des cieux

L'éternité du temps, l'immensité des lieux.

C'est là que, m'emparant de la nature entière...

ABUFAR

Et tu n'avais donc pas de famille et de père? Tu n'as donc rien aimé? Qui dans ton cœur, hélas ! Porta cette fureur que je ne conçois pas? Le bonheur est le but où tout mortel aspire , Et le chemin des mœurs peut seul nous y conduire. Mais ce but , ce bonheur, où donc le cherchais-tu ? Faut-il aller si loin pour trouver la vertu ? Eh quoi I n'avais-tu pas dès ta plu s tendre enfauce Goûté de nos travaux le charme et l'innocence, Cette paix des déserts , ces doux , ces nobles soins Qui parmi nous du pauvre ont prévu les besoins ? N'avais-tu pas connu nos heureuses familles ; Vu nos chastes hymens , la pudeur de nos filles -, Tes sœurs , dont le soupçon n'oserait approcher? Au bout de l'univers qu'allais-tu donc chercher? Des lois? grâce à nos mœurs nous n'en avons aucune. Des trésors? nos troupeaux font seuls notre fortune. Des tombeaux? c'est ici que dorment nos aïeux. Des temples? vois la terre et regarde les cieux. Tout ici , mon enfant , sous une image pure , Offi'e à nos yeux charmés l'auteur de la nature ; Partout dans ses bienfaits nous voyons son amour ; Sa grandeur resplendit dans le flambeau du jour ; La nuit, quand nous levons nos mains vers les étoiles,

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