ACTE II, SCÈNE VII
Dieu n'est-il pas présent sous ces augustes voiles , Dirigeant d'un coup-d'œil le cours silencieux De ces globes brillants dispersés dans les cieux? Cet air, ce sol natal, cette douce patrie, A'a donc rien dit, hélas I à ton âme attendrie? Rien donc auprès de nous n'a pu te retenir? Avais-tu donc sitôt perdu le souvenir De Ténaïm , l'appui de ton âge timide, De ta sœur Saléma , de ta sœur Odéide , De moi , car à mon tour je puis être compté? , Ton cœur, en me quittant, n'a donc point palpité? Non , je ne croirai point que mon fils inflexible Sous des dehors heureux cache un cœur insensible ; Mon fils n'est point barbare ; il n'a point échappé Aux premiers mouvements dont tout homme est frappé. Il faut de toi, mon fils, il faut que je m'assure Qu'un hymen vertueux t'enchaîne à la nature.
FARHAX.
Quoi ! l'hymen...
ABUFAR
J'ai vieilli , je sais ce que je veux. Ton âge est imprudent , terrible , impétueux ; J'ai connu ses périls. Ce nœud si nécessaire. Si pur, si doux, l'hymen pourrait-il te déplaire? Regarde autour de nous. Ah! lorsqu'on ces déserts Nos sables agités ont obscurci les airs , Quand le soleil pâlit, quand les vents homicides Élèvent jusqu'au ciel des montagnes arides Et font voler au loin ces nuages brûlants Sur les pas égarés des voyageurs tremblants, Le chameau , mieux instruit, courbé sous la tempête, Dans le sable du moins ensevelit sa tête j Sans braver le péril, sage et fermant les yeux , Il trompe par instinct ces vents contagieux.
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Trompe aussi ta jeunesse et son intempérie;
Trompe aussi par raison tes sens et leur furie.
N'attends pas dans ton cœur de mollesse abattu
Que l'air brûlant du vice ait sëchë la vertu.
Ah I tremble d'outrager l'implacable nature :
On ne la vit jamais pardonner son injure.
L'hymen , l'hymen peut seul , en engageant ta foi «
T'arracher aux dangers dont je frémis pour toi.
Choisis dans nos tribus une épouse fidèle
Qui fixe ton bonheur et tes vœux auprès d'elle.
Que je puisse jouir de ta félicité,
T'embrasser, me revoir dans ta postérité !
Crois-moi , suis mes conseils. Va , je suis sans colère.
Rends-moi mon fils, Farhan •, je t'ai rendu ton père.
FARHAN.
Non , vers l'hymen jamais rien ne peut m'entraîner-, Rien ne peut m'y contraindre ou m'y déterminer. Je ne saurais souffrir un lien si funeste. L'amour, je le combats ; l'hymen , je le déleste. Je soutiendrai mes droits.
ABUFAR
Tes droits! et la vertu?
FARHAN.
Je suis , je mourrai libre.
ABUFAR
Eh! malheureux, l'es-tu?
FARHAN.
Je crois l'être du mioins.
ABUFAR
Ce n'est qu'au vrai courage A porter du devoir l'honorable esclavage.
FARHAN.
La liberté toujours m'offrira des appas.