ACTE II, SCÈNE VII
ABUFAR
OÙ la vertu n'est point la liberté n'est pas.
Ne te souvient-il plus que quitter sa patrie
Est pour tous nos enfants un crime en Arabie?
La malédiction des pères furieux
S'attache sur leurs pas avec celle des cieux.
Irions-nous oublier aux rives étrangères
La pudeur, le travail , les vertus de nos pères ,
Pour rapporter chez nous les vices corrupteurs
De cent peuples nourris dans le mépris des mœurs?
Et voilà tes forfaits. Rebelle à la nature,
Rebelle à ton pays, barbare, ingrat , parjure...
FARHAN.
Barbare , ingrat !
ABUFAR
Tu l'es. Par les mœurs consacrés , Ces murs n'avaient point vu d'enfants dénaturés ; Le ciel jusqu'à ce jour n'en avait point fait naître : Un seul, un seul parut, et mon fils devait l'être.
FARHAN.
Savez-vous, savez-vous pourquoi je vous ai fui? Je vous quittais alors , je vous quitte aujourd'hui. Un ascendant fatal , terrible , que j'abhorre , M'a ramené vers vous, et m'en éloigne encore. Adieu.
Tu resteras.
FARHAN.
Non.
ABUFAR
Je t'en fais la loi.
FARHAN.
Non.
700 ABUFAR
ABUFAR
J'aurai les moyens de m'assurer de toi.
FARHAN.
C'est la fuite , la fuite , ou la mort que j'espère. Adieu.
Il va pour s'échapper. Abufar court à lui , le saisit et le serre sur son sein.
ABUFAR
Tu resteras dans les bras de ton père , Oui , dans mes bras, cruel! tu n'en sortiras plus. Tu ferais pour me fuir des efforts superflus. FARHAN, e'ionné, hors de lui.
Qui me retient?
ABUFAR
C'est moi. Ta résistance est vaine ; Mon cœur presse ton cœur, mes bras forment ta chaîne. Voilà le seul lien qui t'arrête avec nous. . Veux-tu partir, Farhan ?
FARHAN.
Je mourrai près de vous.
ABUFAR
Va , tout est oublié. Séchons tous deux nos larmes. Si le joug de l'hymen a pour toi peu de charmes, Diffère, j'y consens, mon fils , à t'en charger : Peut-être ce dégoût n'est-il que passager. Mais calme auprès de moi cette fougue orageuse D'une âme trop ardente et trop impétueuse. Reste avec Ténaïm, près de moi , de tes sœurs. Qui t'ont , même en ce jour, servi de défenseurs. Noue perdons PharasmiD. Tu l'estimes, je l'aime : Je viens de l'affranchir, de le rendre à lui-même ^ Mais c'est avec douleur que je le vois partir. Et parmi nous peut-être on peut le retenir.