‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 443 sur 489 · ACTE ly, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE ly, SCENE VIII

De déserts en déserts parcourent l'Arabie ; De douleurs en douleurs je traverse la vie.

SALÉMA.

Farhan , mon cher Farhan !

TARHAN.

Oh I que dès mon berceau N'ai-je suivi ma mère au fond de son tombeau I Sans doute le destin , car à tout il préside, Appelle Pharasmin sur les pas d'Odéide; Et pourtant d'autres cœurs , trop faits pour se chérir, JVés sous les mêmes cieux, n'ont jamais pu s'unir. Oh I si j'avais trouvé , dans l'antique Assyrie , Dans la féconde Egypte , ou la riche tiédie , Quelque objet vertueux qui me dût enflammer, Qui fût né pour l'amour, et qui craignît d'aimer, Qui portât dans son sein , modeste et recueillie , Le doux , l'heureux trésor de la mélancolie. Ce bonheur douloureux, cette tendre langueur, L'aliment, le plaisir, et le charme du cœur, Oh I co«ime à ses genoux, soumis , tendre et fidèle, Heureux de ses regards , heureux d'être auprès d'elle , Oubliant l'univers , et vivant sous sa loi I . . .

SALÉjLi.

Mon frère, existe-t-elle?

FARHAN.

Ah! Saléma, c'est toi!

SALÉMA.

Que me dis- tu , Farhan?

FARHAN.

C'est toi ; connais ma flamme , Mes ardeurs, mes tourments, les transports de mon âme. Tu vois dans ces déserts l'image de mes feux , Muets, brûlants, sans borne, et terribles comme eus. De mon aspect errant j'ai fatigué l'Asie,

2 3o ABUFAR.

Et le Nil/ et l'Atlas , et la triple Arabie.

J'aurai." voulu , courant , m'élatrçant loin de toi ,

Sortir de cet amour qui fuyait avec moi.

Vaip» efforts! j'emportais ton image et tes charmes.

J'ajretenu mes cris , j'ai dévoré mes larmes -,

M^is pourtant quelquefois, laissant couler mes pleurs,

Jes échos étonnés m''ont rendu mes douleurs, iinfin je suis venu, te cachant ton ouvrage. Rapporter à tes pieds ma flamme et ton image. J'ai tout fait pour me vaincre; ici même, en ce jour, J'ai craint de l'avertir de mon fatal amour. J'enchaînais, mais en vain, cet aveu qui te touche; Il sortait par mes yeux , il errait sur ma bouche. Je souffrais , je brûlais , j'adorais tes appas ; Je te parlais d'amour, tu ne m'entendais pas. Non, tu n'as pas su lire en mon âme éperdue... .

SALÉMA.

Et toi-même , à ton tour, ne m'as pas entendue. Quoil n'as-tu pas compris, dans tout notre entretien , Tout l'excès d'un amour qui répondait au tien? Dans mes regards au moins n'as-tu donc pas su lire? Mon air, mes yeux , ma voix , tout devait t'en instruire. Oui , sous ces deux palmiers d'où je t'ai vu partir, J'allais chercher l'espoir de te voir revenir. Je regardais au loin , j'interrogeais l'espace. De tes pas vers mes pas je rappelais la trace. Je hâtais, je pressais, j'implorais ton retour. Je t'attendais la nuit, je t'attendais le jour. Je te disais tout bas : Oui , ta vie est la mienne ; Viens me rendre mon âme errante avec la tienne. Mes vœux sont exaucés ; enfin je te revoi. Mon cher Farhan , mon frère 1 0 cieux ! écrasez-moi !

FARHAX.

Anéantissez-nous I C'est ma sœur I

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