‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 458 sur 489 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

POLYNICE

Sorti d'un sang illustre, et que la Grèce honore , J'ai près de vous , seigneur, un autre titre encore : C'est celui du malheur ; et , pour le conjurer, J'espère vos secours , et viens les implorer. Sans que je nomme ici le sang qui m'a fait naître, Vous sentirez pour moi quelque intérêt peut-être En apprenant le nom de l'indigne ennemi Dont un astre fatal m'avait rendu l'ami ; D'un ennemi parjure, ingrat , lâche, implacable, Qui toujours sans rien craindre, et toujours indomptable, Croit fouler sous les pieds la nature et les lois. Il me rendra bientôt mon honneur et mes droits. Ce n'est que dans son sang qu'éteignant ma colère...

THÉSÉE

Vous le haïssez trop pour n'être pas son frère. Vous me dites , seigneur, par cet ardent courroux , Ce que vous vouliez taire , et je l'apprends de vous. Vous parlez d'Etéocle , et je vois Polynice.

POLYNICE

Eh bien ! oui , je le hais; mais c'est avec justice. Vous voyez ma fureur... Thésée, ah! qu'il est doux , Tranquille et sans remords, de régner comme vous ! Vous n'avez point du trône exilé votre père I

THÉSÉE

Seigneur, je vous entends. Hélas ! sur sa misère Quel cœur, s'il est humain , ne s'attendrirait pas ! Que n'a-t-il vers nos bords daigné tourner ses pas ! Ici, dans ce palais , notre douleur commune A plaint depuis long-temps son auguste infortune. Plus il est malheureux, plus OEdipe est sacré.

POLYNICE, à part.

De quels traits déchirants mon cœur est pénétré !

Haut.

Cest mon l'rère envers lui qui m'a rendu barbare. Hélas I pour un vieillard si vertueux, si rare, La terre est sans asyle , et le ciel sans flambeau ; L'univers dès long-temps n'est pour lui qu'un tombeau . Mais j'entrevois le jour, il n'est pas loin peut-être, Où de mon trône enfin je vais chasser un traître , Et dans Thèbe , à mon tour, puissant , victorieux , Eeprendre avec éclat le rang de mes aïeux. D'avance contre lui j'ai conjuré la Grèce. De ses princes unis la fureur vengeresse Va poursuivre Étéocle et défendre mes droits ; Mais ma cause a surtout besoin de vos exploits. Mon ennemi n'est plus , ma victoire est certaine Si j'arme le héros , le fondateur d'Athène. Aidé de vos secours , quel que soit le danger, Je n'aurai plus bientôt mon injure à venger.

THÉSÉE

Je n'examine point si votre cause est juste. Je songe à mes devoirs -, et , dans mon rang auguste. Pour servir vos projets il ne m'est pas permis D'appeler contre nous de nouveaux ennemis. Seigneur, vous le savez, les exploits de mon père N'ont que trop épuisé ses états par la guerre. Je me tais , et le plains. Ses triomphes guerriers Du sang de tout un peuple ont rougi ses lauriers. Et quand les cris plaintifs de ma triste patrie Raniment la pitié dans mon âme attendrie , Je n'irai point , seigneur, prodigue de son sang , Au lieu de le fermer, rouvrir encor son flanc -, Et dans quel temps surtout! lorsque les Euraénides Vont lancer leurs décrets sur des rois homicides. Ah ! sans armer leurs bras , leur plus grande rigueur Est de souffler l'orgueil et la haine en leur cœur.

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