ACTE II, SCÈNE III. io
(i/aM/.)Quel sorti Dans mon palais, oubliant toutlereste, Dissipez par degrés un chagrin si funeste. Pour vous les Capulets n'ont plus d'inimitié.
CAPULET
Pourrais-je à ses malheurs refuser la pitié ?
MONT AIGU
La pitié ! toi ! Grand Dieu! si c'est là mon partage , Rends-moi plutôt cent fois leur haine et leur outrage.
Il pourrait t'exaucer.
MONT AIGU
C'est là ce que je veux :
En me laissant en paix tu trahirais mes vœux. Entre nos deux maisons la guerre est éternelle.
CAPULET
!Nous verrons qui des deux aura le sort pour elle.
MONT AIGU
Ce n'est pas la victoire où tendent mes désirs ; Mais à t'ouvrir le flanc je mettrai mes plaisirs.
CAPULET
Va, plus hardi que toi , plus cruel.... MONTAIGU.
Tu peux l'être.
CAPULET
Mon parti règne ici.
MONTAIGU
Le mien t'attend peut-être.
CAPULET
Il suffit.
MONTAIGU
A ton choix.
FERDINAND
Hé quoi ! c'est sous mes yeux Qu'éclatent sans respect vos transports odieux ?
io6 ROMÉO ET JULIETTE.
C'est ici, devant moi, qu'une égale furie
Vous pousse à déchirer le sein de la patrie.
Quel est donc l'ennemi qui nous vient attaquer?
Quels forts dois-je munir? quel poste ai-je à marquer?
C'est vous qui dans Vérone , armés par la vengeance ,
Rompez le frein sacré de toute obéissance ,
Et qui, pour votre orgueil , chacun dans vos projets ,
A la guerre civile entraînez mes sujets 1
Que me font ces lauriers moissonnés à la guerre ,
Si vous perdez l'état dont le ciel m'a fait père I
Ah I n'êtes-vous point las , avec un cœur si grand,
D'ouvrir tant de tombeaux , de verser tant de sang?
Capulet... Montaigu... sachez mieux vous connaître.
Ayez quelque pitié du lieu qui vous vit naître.
Je ne vous parle ici que comme un citoyen.
Mon peuple est tout pour moi : ma grandeur ne m'est rien.
KO:*iÉo, à 3Ionf aigu.
Ah ! seigneur , calmez-vous et chassez tout ombrage. L'infortune a sans doute aigri votre courage. Sans haine et sans péril goûtez un sort plus doux; Votre esprit apaisé nous réunira tous.
Capulet vous estime, et mou cœur vous révère. J'aurai pour vous l'amour qu'un fils porte à son père.
Et moi, je puis, seigneur, jurer à vos genoux Que la discorde enfin va cesser entre nous ; Et que mon père ici, s'il a pu vous déplaire , Plus qu'une injuste haine a suivi sa colère.
FERDIXAND.
Malgré vous , Montaigu, je vois couler vos pleurs.
MONTAIGU
Oui : je pleure à la fois de rage et de douleurs. Voilà sa fille.