ACTE II, SCENE m
FERDINAND
Eh bien !... Venez, daignez me suivre.
ROMÉO
Oubliez vos chagrins.
JULIETTE
Et consentez à vivre.
MONTAIGU
Je vivrais !
FERDINAND
Quel motif vous en doit empêcher ?
ROMÉO
Pourquoi le taire? hëlas !
Pourquoi nous le cacher?
FERDINAND
Apprenez-moi....
MONTAIGU , en mettant la main sur son sein. C'est là que ma douleur repose.
Jamais, jamais mortel n'en connaîtra la cause.
FERDINAND
Furieux !
MONTAIGU
Je le suis •, ne crois pas m'apaiser.
Je hais : tu dois tout craindre , et je puis tout oser. Ta cour, tes Capulets, ton aspect m'importune. Mes transports, grâce au ciel , passent mon infortune.
En montrant Capulet.
Oui, puisqu'à mon souhait tnon cœur peut le haïr , Ce cœur désespéré se plaît à la sentir.
Au duc.
Va , porte ailleurs tes vœux , ta faveur, ton estime -, Mais crains dans tagrandeur qu'on nel'entraîueau crime. Dans ton rang , malgré soi , l'on est souvent trompé. Par vos ordres surpris l'innocent est frappé.
io8 ROMÉO ET JULIETTE.
Je ne t'en dis pas plus. Je demeure à Vérone ; J'y traîne avec plaisir l'horreur qui m'environne , Et ma haine et ma rage , et la mort et l'effroi. Puisse aussi mon destin s'appesantir sur toi ! Pour tous les Capulets , ciel ! invente un supplice Qui les comprenne tous , dont ma douleur jouisse ; Que ta fureur sur eux, servant mon désespoir. Paraisse avoir été par-delà ton pouvoir I
FERDINAND
Holà , gardes, à moi !
ROMÉO
Seigneur , qu'allez-vous faire ?
JULIETTE
Voyez ses cheveux blancs , respectez sa misère.
FERDINAND , aux gardes.
Il suffit : j'ai parlé.
MONTAIGU
Cruels I n'avancez pas, Ou dans l'instant plutôt donnez-moi le trépas.
FERDINAND
Aux gardes. A Capulet et. à Montaigu.
Qu'on le garde avec soin. Vous avez cru peut-être Que j'aurais quelque peine à vous parler en maître. Je connais les complots que je dois prévenir, Et mon pouvoir encor suffit pour vous punir. Ici pour un moment, gardes, qu'on le retienne. Il pourra me fléchir : qu'à lui-même il revienne. Mais, ce moment passé, respecté dans ma cour, Quel que soit son parti , qu'on l'entraîne à la tour. MONTAIGU.
A la tour ! Sous mes pas, terre, entr'ouvre un abyme !
Au duc.
J'irai j mais tremble encore en frappantta victime.
Capulet sort.