‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 489 · MONTAIGU , ROMÉO · texte numérisé non relu

MONTAIGU , ROMÉO

ROMÉO

Soufflez à vos genoux Que j'ose avec respect vous attendrir pour vous ; Que, de vos longs chagrins plus touché que vous-même, Je m'empresse à calmer leur violence extrême. Mais au seul nom de tour d'où vient qu'en ce moment Je vous ai vu saisi d'un soudain tremblement?

MOXTAIGU.

Jeune homme, laisse-moi.

ROMÉO

Votre sort est horrible; Mais le duc vous honore , il n'est pas inflexible. D'un mot si vous vouliez...

MONTAIGU, remarquant les drapeaux.

A qui sont ces drapeaux ?

ROMÉO

Seigneur, ils sont le prix de mes heureux travaux. Dans le dernier combat...

MONTAIGU

J'estime le courage.

Qui donc es-tu ?

no ROMEO ET JULIETTE.

ROMÉO

Seigneur, ma gloire est mon ouvrage.

Je ne suis qu'un soldat par degrés parvenu, Fugitif dès l'enfance , à son père inconnu , A qui votre misère arrache ici des larmes.

MONTAIGU

Ses traits et ses discours ont pour moi quelques charmes. Tu plains donc mes ennuis ?

ROMÉO

Au malheur destiné, Ah ! qui doit plus que moi plaindre un infortuné ? MOXTAIGU.

Il m'émeut !

ROMÉO

Oui, seigneur, je porte un cœur sensible. A ce cœur confiant la feinte est impossible. De tout mortel souffrant l'aspect m'est douloureux. La pitié...

MONT AIGU

Je te plains : tu vivras malheureux.

ROMÉO

Au comble du bonheur, seigneur, j'aurais pu vivre.

MOXTAIGU.

Conserve encor long-temps cette erreur qui t'enivre ; Bientôt ces jours heureux s'écouleront pour toi.

Mon bonheur cependant est placé près de moi.

MOXTAIGU.

J'excuse en la plaignant ta facile imprudence. Jeune homme , je le vois , la flatteuse espérance Devant toi du bonheur aplanit les chemins. Tu n'a pas encor lu dans le cœur des humains. Tu ne sais pas encor ce qu'un pareil abyme Peut cacher d'artifice, et d'horreur, et de crime ,

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