ELVIRE , GERTRUDE
ELVIRE
Expliquez-vous enfin •, c'est trop vous en défendre. Avez-vous des secrets que je ne puisse apprendre , Madame ?
GERTRUDE
Ah ! laisse-moi.
ELVIRE
Mais songez, dans ce jour.
Que vous devez paraître aux yeux de votre cour , Que ce couronnement dont la pompe s'apprête....
Et de quel œil , dis-moi , verrai-je cette fête? Hélas ! ce triste cœur , de mon fils occupé , D'une pareille horreur ne fut jamais frappé ! A quel trouble mortel mon esprit s'abandonne !
ELVIRE
Ce n'est pas d'aujourd'hui que ce trouble m'étonne.
GERTRUDE
Quoi ! tu l'as remarqué I C omment? explique-toi.
ELVIRE
Puisse-t-il n'avoir pas d'autre témoin que moi !
GERTRUDE
Qu'ai-je fait? qu'ai-je dit? réponds-moi, chère Elvire.
ELVIRE
De ce mystère affreux dois-je, hélas! vous instruire?
GERTRUDE
C'en est trop I Qu'as-tu vu?
ELVIRE
Madame , votre sein N'aurait jamais conçu de coupable dessein ?
GERTRUDE
Ah ! de ce doute horrible il est temps que je sorte : Parle enfin , je le veux.
ELVIRE
Vous frémissez,
GERTRUDE
N'importe.
ELVIRE
C'est vous qui m'y forcez.
GERTRUDE
Je l'ordonne , obéis.
ELVIRE
Par un trépas fatal quand le roi fut surpris , Vous voulûtes , madame , écartant tout le monde , Exhaler sans témoins votre douleur profonde. J'en redoutais pour vous les premiers mouvements. J'osais vous observer dans ces cruels moments. Que vis-je, juste ciel ! de soudaines alarmes , D'effroyables transports se raclaient à vos larmes-; Un grand remords semblait égarer vos esprits ; Vous appeliez la mort avec d'horribles cris. Ai-je pu, disiez-vous , sur un iroi, sur mon maître —
GERTRUDE
J'ai parlé !
ELVIRE
Dans vos sens quel trouble vient de naître? Vous frémissez....