‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 92 sur 489 · ACTE IV, SCENE V. i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. i

S'ils sauraient inventer ces monstrueux tourments De faire aux yeux d'un père expirer ses enfants. Ce qu'ils ont fait ! demande à tes malheureux frères , Quand la faim par degrés éteignait leurs paupières , Dans ce cachot de mort , s'ils ont dû soupçonner Qu'un jour aux Capulets je pourrais pardonner. Ce qu'ils ont fait ! dis, traître, et quels étaient leurs crimes Quand , fixant à mes pieds de si chères victimes , Je les vis , tous en pleurs , pour moi seul s'attendrir, Et m'ofïrant à genoux leur sang pour me nourrir? Ce qu'ils ont fait ! barbare ! ah ! le ciel en colère M'a privé du seul bien qui flattait ma misère : C'eût été sur un monstre , au gré de mes désirs, D'assouvir ma vengeance, en comptant ses soupirs , D'observer ses douleurs,, de suivre à cet indice La lenteur du trépas et l'horreur du supplice. Le cruel chez les morts , tranquille et sans effroi. S'est , au sein des tombeaux , retranché contre moi ; Et quand je trouve un fils , fameux par son courage , Qui m'est exprès rendu pour se joindre à ma rage. Lorsque aucun Capulet ne peut plusm'échapper. Quand je n'ai qu'à vouloir, quand il n'a qu'à frapper , A ses indigues feux c'est lui qui s'abandonne ! Je ne sais quel amour et l'enchaîne et l'étonné ! C'est lui qui délibère, et qui même aujourd'hui Craindrait , en ce palais , de me servir d'appui !

ROMÉO

Quel^reproche Qdieu^jnp. fait es-vmiJS.j£Djendre? Plutôt mourir cent fois quejiej^s^vous^éfendrej Malheureux I Eh quoi donc! avez-vous prétendu Que pour de tels forfaits je vous serais rendu? A peine mon ami dans un cercueil repose -, A peine , pour sceller la paix qu'on lui propose , Un vieillard généreux vous livre sans soupçon

i56 ROMÉO ET JULIETTE.

Son propre sang, son cœur, son palais , sa maison •, A peine entre vos bras il a remis sa fille , Que, pour exterminer lui , son nom , sa famille , Sortant de l'embrasser, vous exigez soudain Que je plonge à sa fille un poignard dans le sein î Seigneur, je suis soldat-, pour vcnger votre outrage , J'emploîrai > s'il le faut , la forée ^ le roiirajorç : Ce bras ne sait user que de moyenspermis, Etjie teindre avec gloire au sang des ennemis. Au chemin de l'honneur montrez-moi la vengeance : Vous connaîtrez alors si Roméo balance.

\/ J'aspire à vous servir, je le yeux , je^le doil) "" Mais, s'il s'agit d'un crime , il n'est pas fait pour moi.

^mÔntÂigu.

Qu'entends-je î et quel est donc l'excès de mes misères! Tel est l'horrible sort de tes malheureux frères , Que tout trahit leur cause, et qu'après leur trépas Ils demandent vengeance et ne l'obtiennent pas. Sais-tu ce qui soutient ma vie infortunée ? Sais-tu jusqu'à ce jour comment je l'ai traînée? Sais-tu, quand je sortis de la funeste tour, Sur quels sauvages bords, dans quel affreux séjour, Par mon trouble égaré , je courus ,• loin du monde. Ensevelir vingt ans ma douleur vagabonde? Au mont de l'Apennin je fus vingt ans caché : C'est là que , fugitif, dans des antres couché , Implacable ennemi de la nature entière , Ne pouvant à mon gré voir s'embraser la terre , Oubliant à jamais mon rang et ma maison , A force de douleur privé de la raison, Aidé pour tout secours des soins d'un misérable Qui dans moi, par pitié, vit encor son semblable, ' Nourri par ses bontés, quelquefois dans ses bras Par des sons mal formés invoquant le trépas ,

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