‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 93 sur 489 · ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V

Trouvant le ciel , la nuit , la lumière importune, Caché sous ces lambeaux de la vile infortune, Dans l'horreur des forêts , sous des rochers affreux , J'appelais à grands cris mes enfants malheureux , Indigné d'y trouver, dans son sommeil paisible, A mes longs désespoirs la nature insensible. C'est là que tout à coup, plein de trouble et d'etfroi. Mes quatre fils mourants s'offraient tous devant moi... Je crois les voir encore... Oui, voilà leurs visages. Leurs traits, leur port...

Mon père, écartez ces images.

MONTAIGU

Grand Dieu I, pour un moment suspendez mes douleurs ; Voyez ces cheveux blancs; daignez tarir mes pleurs.

ROMÉO

0 ciel !

MONTAIGU

Il en est temps, souffrez que je succoftibe. Pour revoir mes enfants , plongez-moi dans la tombe. Je sens que je chancelle...

ROMÉO

Ah ! du moins que mes bras...

MONTAIGU

iV'avancez pas , cruel , ou vengez leur trépas I

ROMÉO

Hé ! seigneur.

MONTAIGU

Mes enfants!

ROMÉO

Dans votre horreur funeste , Songez que...

MONTAIGU

Mes enfants!

Songez que je vous reste.

i58 ROMEO ET JULIETTE.

MONTAIGU. '

Mes enfants !... Où sont-ils ?

ROMÉO. '

Ah ! Tevenez à vous , Mon père, ou dans l'instant je meurs à vos genoux.

MONTAIGU

Qui? toi :

ROMÉO

Vivez , hélas I conservez-vous encore.

MONTAIGU

Je suis un mallieureux qui se hait, qui s'abhorre, Trop indigne à jamais du jour, qu'il doit flétrir.

ROMÉO

Que vous reprochez-vous?

MONTAIGU

Je n'ai pas pu mourir.

ROMÉO

Ah ! seigneur, croyez-moi, dans vos douleurs amères , Vos pleurs assez long-temps ont coulé pour mes frères.

MONTAIGU

La raison , Roméo, vient vite à ton secours.

Ce n'est pas dans ton sang qu'ils ont puisé leurs jours;

Ton cœur donne à leur perte une pitié légère -,

Tu ne sens pas pour eux des entrailles de père.

Ces frères que tu plains, tu ne les venges pas;

Leurs mânes gémissants n'assiègent point tes pas :

Malheirreux Capulets , vous paîrez tous ces crimes ;

Mais je prétends surtout voir souffrir mes victimes :

Dans leur sein déchiré je lirai leurs douleurs-.

Dans le fond de leurs yeux j'irai chercher leurs pleurs.

Qu'un Capulet me plaise ! Avant qu'on m'attendrisse.

Oui , sur eux, sur eux tous , remplaçant ta justice,

Je te le jure , ô ciel ! ces bras ensanglantés

Leur rendront , s'il se peut , les maux qu'ils m'ont prêtés.

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