COPIE
De la Lettre écrite a M. Ducis , de V Académie française j par Madame Bitaubé.
N'est-ce pas, Monsieur, que les bonnes femmes doivent partager le sort de leur mari? En cette qualité je partage les choses aimables et flatteuses que vous avez données à Bitaubé dans votre charmante Epître. Permettez-moi donc d'en prendre une petite part. Mais ne vous étonnez pas, Monsieur, si je vous avoue que j'ai quelques droits d'en prendre une assez grande : sans moi , Monsieur, cette traduction n'existerait pas. J'ai eu le bonheur de la sauver du feu. Mon époux, après en avoir
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fait quatorze chants, dans un moment de fati(jue et de mécontentement de son travail, eut la barbarie de les déchirer; il allait les condamner au feu. Heureusement j'arrive à temps pour m'y opposer; je m'en saisis, je fuis l'impossible pour en rajuster les fragmens; j'y réussis tellement, que je mis ces quatorze chants en état d'être copiés.
Je suis bien aise de vous instruire de ce petit détail, afin qu'après avoir loué Bitaubé, vous fassiez une bonne satire contre lui. Je ne sais pas si mon procédé peut convenir à une bonne femme ; mais ce sont là mes sentimens du moment. Je verrai dans la sui te à lui pardonner. D'ailleurs, mon écriture et mon style se montrent en négligé, et vous prouveront assez que je suis wie bonne femme.
Pour moi , Monsieur, je suis des plus sensibles à ce que vous m'avez dit de flatteur. Je vous en remercie de tout mon cœur, et je tâcherai d'en profiter.
J'ai l'honneur d'être , Monsieur , avec une parfaite considération , '
Votre dévouée admiratrice et servante.