PENDANT MA CONVALESCENCE
Richard, il faut que l'on se quitte :
C'est la loi du sort, tout finit.
Mon horizon se rembrunit , Et mon déclin se précipite.
La tombe attend mon dernier pas.
J'entendrai bientôt, mais sans plainte, Le mobile airain qui nous tinte La crise et l'instant du trépas.
Cette fièvre où je fus en butte, A coups de bélier, sourdement.
Sapa dans l'ombre un bâtiment Aujourd'hui penché vers sa chute.
Je crus , dans ses sombres vapeurs , V^oir au sein d'un abyrae immense, Roulant nos maux et nos erreurs , Trois torrens se perdre en silence.
Le passé , temps chargé d'ennui , À peine né, s'y précipite; he présent en presse la fuite ;
i86 ÉPITRES.
L'avenir se jette sur lui.
Dans quelle morne rêverie ,
Dans quelle sombre illusion ,
Ma vague imajjination
Entraîna mon ame flétrie !
Sous combien d'aspects odieux ,
Mille effrayantes impostures,
Mille étranges caricatures
Se croisaient sans cesse à mes yeux !
Ami , sage amant du silence ,
Nos cœurs dès long-temps n'en font qu'un ;
Et nous avons mis en commun
Les trésors de notre indigence.
Te rappelles-tu ce bon temps,
Lorsqu'à pied, sans suite et contens,
Nous allions dîner tous les ans
Sur un monastère en ruines, "*
Sur de vieux débris dispersés,
Où Port-Royal, c^nt ans passés,
Pleurait encor sous les épines
Ses murs détruits et renversés ,
Aujourd'hui sous des terres nues,
Ou quelques moissons inconnues ,
A l'œil du passant éclipsés.
Là nous devions, en vrais ermites , Manger bientôt avec grand'faim D'un oiseau gourmand, très peu fin,
Que l'on doit pourtant aux Jésuites.
D'avance nous le tlévorions :
Tous deux en paix nous cheminions,
Quand vers nous s'avance une troupe
Habillée en or, et portant
Des rois le costume éclatant.
Sur leur cou, leur gueule, et leur croupe.
En avant marchait un bâton
Qui portait cette inscription ,
En lettres larges , magnifiques :