‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 28 sur 97 · LE VIEILLARD HEUREUX · texte numérisé non relu

LE VIEILLARD HEUREUX

Dans un clos peuplé d'arbres verts,

Libre et caché sous des couverts ,

Je goûte, dans un calme extrême,

Et la nature , et les beaux vers ,

Ft l'amitié, ce bien suprême.

T.oin de moi portant ses transports,

Il a volé sur d'autres bords ,

Le dieu charmant par qui Ton aime;

Il ne m'a pas quitté de même ,

Le dieu charmant qui nous endort.

POÉSIES DIVERSES. î^y

La fleur soporative et clière

A secoue sur uia j)auj)ière

Un souuneil plus doux et plus fort.

En voyant venir la vieillesse,

J'ai pris pour mon maître en sagesse

De Minerve le grave oiseau,

Vivant en paix sur son rameau.

Sans bruit, à Técart, et dans l'ombre,

Ermite aussi, pas aussi sombre.

Je vis en paix sous mon berceau ,

Des bumains fuyant le grand nombre,

Tout soin, tout honneur, tout fardeau.

Sans bâtir projet ni château ,

Sans jamais rêver la vengeance.

De 1 injustice et de Toffense

L'oubli coule avec mon ruisseau.

Peu de besoins fait mon aisance ;

Je suis sans peine à leur niveau.

Presque assez , c'est mon opulence.

J'ai du vin vieux dans mon caveau .

Dans mon bosquet j'ai du silence.

La Parque m'offre ses ciseaux ,

Et moi je laisse à ses fuseaux

Dévider ma seconde enfance ;

Et ces vers , venus dans mon clos ,

Je vais les dire, à peine éclos,

À mon vieil ami qui s avance.

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