PRÈS DE MELUN
Ruisseau paisible et pur, frais et charmant ruisseau , Honneur soit à la nymphe antique Qui sous sa voûte liumble et rustique tpanrhe mollement les trésors de ton eau!
"Va de tes flots d'argent, non loin de ton berceau, Arroser l'agreste bocage
Où vient le rossignol te chanter ses amours.
Coule, à son doux ramage, en murmurant toujours, Le long du modeste ermitage
Où , constant dans ses mœurs , comme toi dans ton cours ,
Mon solitaire ami , content de vivre en sage ,
Sur tes bords peu connus aime à cacher ses jours.
Jadis, dans leur marche pompeuse, Il entendit gronder le Danube et le Rhin ; Il vit tomber, bondir au pied de l'Apennin L'Eridan descendu de sa roche écumcuse.
Oh ! qu il aime bien mieux sur cette rive lieureuse Voir, le soir, à pas lents, revenir un troupeau;
298 POÉSIES Dl YEUSES.
Le jour, y voir jouer les enfaiis du hameau;
Y rendre le salut à riiabitant champêtre ;
Y causer doucement avec ce hon curé,
Qui, très chrétien, très peu lettré,
N'aspirant point du tout à l'être, Saintement occupé de ses devoirs touchans, Poiu' prix de ses vertus n'a jamais su peut-être Qu'on fît do méchans vers, ou qu'il fût des médians. Ami, sans vains hehoius, heuieux, qui, loin du monde,
Entre sa femme et ses enfans.
Dans le sein de la paix voit écouler ses ans , Comme ce ruisseau pur y voit couler son onde; Du pied de la cabane elle va sans fierté, Traversant un enclos du silence habité , De ces chastes déserts humble et fidèle amante»
Y consacrer ses flots, et baigner dans sa pente
Le lis de la virginité.
Avec moi, cher ami, suis sa route tranquille. Quand, libre et se^rpentant sous la feuille mobile De ces longs peupliers qui tremblent dans les airs , Elle va s'égarer dans des prés toujours verts ; Appelant sur ses pas la douce rêverie.
Les romans de la bergerie , Et le plaisir plus doux d'y soupirer des vers. Mais cesse de la voii- quand , siu" la triste arène , Elle va pour jamais se perdre dans la Seine, Arrivant à sa fin comme nous au tombeau. À la mciaticolie enclin dès le beiceati.
Sans cesso avec tes moeurs ce nioiulc incompatible rs'a que trop aFflij;'^ ton cœur uoble cL sensible : Occupe tes regiu'ds d'un plus riant tableau. Parcours, Viryile en main, ce 'liarmant paysage; Entends sur ses cailloux gazouiller ton ruisseau; Vois ces champs , vois ces prés , vois ce rustique ombrage , Regarde tes enfans, et souris à leurs jeux; Vois leur mère empressée à prévenir les vœux; Par .sagesse, en un mot, s'il se peut, sois moins sage. Jusque dans la vertu l'excès est dangereux. Le bonheur ne veut point de sentiment extrcuic; Goûte enfin sa douceur. Pour le goûter moi-mêrae; J'ai besoin de te voir heureux.