SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE
Est-il vrai que des rives sombres jls reviennent au jour, ces héros du vieux temps,' Ces Bayards si vantés, ces Renauds si galans? Sans doute un jeune Dieu vient d'évoquer leurs ombres.
Quel plaisir, après deux cents ans,
Par l'etTet d'un tableau magique, Do voir, la lance en main, sous leur habit antique» Se mouvoii-, s'attaquer, ces nobles combattons 1
3oo POÉSIES DIVERSES.
Vous, Français, leurs neveux, que leur brillante histoire. En fait d'amour, pour vous no soit plus un roman; Possédez sans éclat, soupirez constamment. Pour vos dames, comme eux, volez à la victoire. O belles ! qui jadis enflammiez nos Renauds, C'est vous qui les poriiez aux grandes entreprises! Ils couraient aux combats, ils montaient aux assauts, Parés de vos couleurs, tout fiers de leurs devises. Ils venaient humblement poser à vos genoux
Les lauriers acquis par leurs armes , Nobles fruits de l'ardeur dont ils bridaient pour vous,
Et devenus cent fois plus doux Par l'espoir enivrant de conquérir vos charmes. Ah! voici donc leurs jeux, leurs combats, de retour!
Salut à la Chevalerie !
Voici le siècle d'or, le temps de la féerie. Tout s'enchante à mes yeux. Je vois par-tout l'Amour, D accord avec 1 Honneur, régner dans ma patrie. La beauté sur le trône aime à tenir sa cour; Sous un nouvel Henri sa cour se renouvelle.
Déjà par un seruient fidèle Les fils des souverains venant de se lier, Se donnent l'accolade , en digne chevalier. Où suis-je? Quels objets ! Tout me peint, me rappelle
Les joutes de François premier, Ces chiffres , ces tournois , cet appareil guerrier. Choisissez, chevaliers; moi, j'ai choisi ma belle : Sou nom, c'est mon secret. Faut-il pur mes travaux
POÉSIES-DIVKRSES. 3oi
Ltonner riinivers, effacer mes rivaux?
Mon cœur, mon bras, mon san{j, mes jours, tout est pour elle. Oui , je l'adorerai jusqu'aux derniers moraens; Le ciel mit dans ses yeux tous mes enchantemens. O charme de la gloire ! 6 pouvoir de nos belles ! Vous régnez sur des cœurs amoureux et vaillans; Nous sommes faits, sans doute, et guerriers etgalans, Pour imiter l'ardeur des Amadis fidèles, Et tous les exploits des Rolands.
ENVOI
Tous ces héros à leur maîtresse, Et de valeur et de tendresse À genoux prêtaient le serment; Et moi, jeune et belle cousine (Car aux champs le ciel me destine), À tes jolis pieds bonnement Je fais vœu d'être ton amant , Mais amant berger. Sur l'herbette , Toi Thérèse, et moi Timarette, Nous irons ensemble et contens, Garder les moutons, et, chantans.
Cueillir quelquefois la noisette.
Et tandis que nos preux Français Croiront d'avance, dans l'Histoire, Entendre vanter par la Cloire Et leurs amours, et leurs hauts faits,
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Grands sur la foi de sa trompette ; Nous, cachés dans des antres frais, De notre humble sort satisfaits, Quoique inconnus de la {jazette, Aux tenth'os sons de la musette, Nous coulerons nos jours en paix.
Heureux sans honneurs... Et peut-êti Qu'en te chantant, si je m'en croi , Mes pipeaux et leur ton champêtre.
Et mes vers que tu feras naître, Me feront revivre avec toi.
VERS À MADAME PALLIÈRE.
Agathe , qui m'êtes si chère , Dont l'enfance éprouva pour moi Ce ravissant je ne sais quoi.
Ce chaste attrait involontaire, Cet amour plein de bonne foi , Dont riait votre tendre mère ; Agathe, dont le sentiment,
POÉSIES DIVERSES. 3o3
Toujours vrai, jamais véhément,
Se peignait si naïvement
Dans im abandon plein de charmes;
Qui ihi pauvre accueillant les pleurs,
Vous unissiez à ses douleurs
Par vos secours et par vos larmes;
Dont Fceil nous offre un ciel d'azur;
Dont Tesprit sage et le cœur pur
Surmontent tout sans violence,
Sans paraître avoir combattu ,
Tant le devoir et la vertu
Chez vous ont l'air de l'irmocence; *
Agathe, oii sont ces heureux jours,
Quand le plus brillant des séjours
Vous voyait parmi les naïades,
Les fleurs , les bosquets , les cascades ,
Promener vos jeunes attraits,
Ce port noble et ces chastes traits
Que vous a donnés la nature,
Dans les beaux jardins de Marli ,
Par les arts, les eaux, la verdure,
Les nouveaux zéphyrs embelli ;
Où Thomas, cette ame si belle.
Que ma douleur en vain rappelle,
Avec moi long-temps s'égarait
Sous des couverts où soupirait
La colombe à son deuil fidèle.
Et dans lui tous les jours m'offrait.
?.o4 POÉSIES DIVERSES-
Par le plus sensible portrait,
Ce qu'il a peint dans Marc-Auréle?
C'est dans ce vallon si vanté, Autrefois des ris liaiiité, Où Renaud ne suit plus Armide, Lorsque, seul, je me promenais Le long de ces douze palais, Que , Tœil souvent de pleurs humide , D'après Shakespir j'ai tracé Léar par ses filles chassé, Léar de douleur insensé , Pleurant, errant, sans pain, sans guide, Dans des forêts abandonné, Courbant sous la foudre homicide Ses cheveux blancs , sa tête aride , Et son front jadis couronné; Et Macbeth , cet hôte perfide , Flatteur assassin de son roi.
Voulant fuir, mais glacé d'effroi, , Tout fumant de son parricide; Ce Macbeth qui parut écrit Près de Mégère qui sourit , Parmi des Macbeth qu'elle abhorre , Des cris affreux, de longs soupirs, Sous des murs que le sang colore.
Et non sous les berceaux de Flore , Au souffle amoureux des zéphyrs.
POÉSIES DIVERSES. 3o5
Alors du Temps le soc livide
Sur mou IVout outr'ouvrait un vide,
Une ligue, uu triste sillou
Respecté quelquefois, diL-on,
Mais hélas ! qu'on appelle ride.
Et vous, leste et brillant oiseau,
Dans cet âge où Tamour nous flatte,
Vous passiez, ma charmante Agathe,
Du vieux chêne au jeune arbrisseau.
Et là vint un tendre moineau ,
De vous , sur le même rameau ,
S'approchant, s approchant encore;
Et puis riiymen, et puis le nid
De mousse et de duvet garni ;
Et puis les petits près d'éclore.
Agathe, vous souvenez-vous
De notre flamme mutuelle,
De l'aîné de vos deux époux,
De nos premiers amours si doux?
Pour un ramier tendre et fidèle ,
Oui , le ciel sans doute de vous
Eût pu faire une tourterelle ;
Il fit mieux, il vous fit pour nous.
O mère ! épouse fortunée , D'amours naissans environnée, Vous m'offrez les charmes touchans D'une tige au milieu des champs , 3. 20
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* 3oG POÉSIES DIVERSES.
De ses jeunes fruits couronnée, Belle encor des fleurs du printemps.
Tout vous respecte, chère Agathe, De Clotho la main délicate Tresse pour vous d'un fil égal , Doux comme Taraour conjugal, De vos jours la trame soyeuse.
Votre époux vous rend trop heureuse Pour ne pas aimer mon rival.
Hymen! oui, tes pudiques flammes Sans transports enchantent les âmes ; Tu fais le bonheur des époux ; Tes feux n'inspirent point d'ivresse; Mais tes soins sont pleins de tendresse, , Mais ta lyre a des sons si doux !
Sous mes faibles doigts qu'elle attire, Souffre un moment qu'elle soupire, Et charme au moins mes derniers jours.
Mais, ciel! où suis-je? Quel délire!
Me serais-je trompé de lyre!
Chanterais-je encor les amours !
POÉSIES DIVERSES. Su;