EN LUI ENVOYANT UN PUPITRE A ÉCRIRE
Ma chère sœur, accepte ce pupitre, Faible présent de ma tendre amitié ; Quand je voudrais, dans la plus longue épître. Te peindre en vers, mes vers sur ce chapitre N'eu diraient pas seulement la moitié.
Jadis mon œil te vit toute petite Dans ton berceau me rire, et puis ensuite, En t'essayant, former tes premiers pas.
Et puis grandir, et puis croître en appas, En esprit juste, en douceur, en mérite. Avec des traits purs , nobles , délicats , Et l'art de plaire. Or, ce charme magique Qui nous attire , et nous touche , et nous pique , D'oii te vient-il? G est de n'y songer pas. Le chaste toit où le ciel nous Ht naître, Qu'il nous fut cher! Il nous a fait connaître Le siècle d'or, les mœurs de nos aïeux. Ces doux tableaux sont présens à nos yeux, À nos deux cœurs, nous rappelant mon père, Son front pensif, les grâces de ma mère,
3o8 POÉSIES DIVERSES.
Tant de vertus ! ô trésors précieux !
Amour, candeur, qui consolez la terre, À vos attraits serait-elle étrangère?
Vous seriez-vous envolés dans les cieux? Parfois je souffre, après plus d'un orage, De mes longs jours , des ennuis du voyage : Mais par tes soins, sœur, tu sais les charmer; Mes jeunes ans, tu sais les rallumer.
Un nouveau monde à mes yeux semble éclore. Sur ton berceau je crois veiller encore, Et que ton cœur recommence à m'aimer.
VERS
d'un homme qui se retire a la campagne.
Enfin j'arrive au port : voici les lieux charmans Où mon cœur éprouva ses premiers sentimens; Où comme un songe heureux s'envola mon enfance : Age d'or, jours sereins, coulés dans l'innocence. Vallons, forêts, ruisseaux, que vous me serablez doux! Pour ne plus vous quitter, je retourne vers vous. L'or n'éclatera point dans mon humble retraite. L'amour de vos déserts , une ame satisfaite ,
Des livres, des amis, 1»; bonheur crètre à soi :
Voilà tous les trésors que j'apporte avec moi.
Qu'ai-je besoin de plus dans une vie obscure?
II faut beaucoup au luxe, et peu pour la nature.
O médiocrité , sûr abri des mortels ,
De fleurs, tous les printemps, j'ornerai tes autels !
C'est pour l'ombie et les champs que le ciel m'a fait naître.
Protège et la cabane et l'enclos, et le maître;
Daigne écarter les soins , les vices , les revers ,
De ce foyer rustique où j'ai gravé ces vers.
VERS
Qiie fai laissés à la Grande - Chartreuse ^ dans les yilpes, le ^juin 1785, sur le Iwi^e oh les étrangers aidaient coutume d'écrire leurs nomSj avec quelques maximes ou quelcjues 'vers en témoignage de leur respect et de leur reconnaissance.
Quel calme 1 quel désert! Dans une paix profonde, Je n'entends plus mugir les tempêtes du monde. Le monde a disparu, le temps s'est arrêté... Commences-tu pour moi, terrible éternité? Ali ! je sens que déjà, dans cette auguste enceinte, Un Dieu consolateur daigne apaiser ma crainte.
3fo poésies DTVETÎSES.
Je le sais, cVst nii [kmc, il cliérit los humains.
Pourquoi bi isfi-iii-il l'ouvra/jo do ses mains?
C'est lui qui m'a formé dans le sein de ma mère;
Il veut mon repentir, mais il veut ([ue j'espère.
O toi qui, sur ces monts blanchis par les hivers,
Vins chercher les frimas, un tombeau, des déserts ^
Et qui, volant plus haut, par ton amour extrême,
Semblais, voisin du ciel, habiter le ciel même.
Que j'amie à voir tes pas empreints dans ces saints lieux !
Le berceau de ton Ordre est caché dans les cieux.
C'est là que, du Seigneur répétant les louanges,
La voix de tes enfans s'unit au chœur des anges.
Là, de ses faux plaisirs, par le siècle égaré,
Le voyageur pensif a souvent soupiré.
Ces rochers, ces sapins, ce torrent solitaire,
Tout parle, tout m'instruit à mépriser la terre,
La terre, où le bonheur est un fruit étranger,
Que toujours quelque ver en secret vient ronger.
Par-tout de la douleur j'y trouvai les images.
L'amour a ses tourmens, l'amitié ses outrages.
Que de désirs trompés , de travaux superflus !
Vous qui, vivant pour Dieu, mourez dans ces retraites.
Heureux qui vient vous voir dans le port où vous êtes.
Mais plus heureux cent fois celui qui n'en sort plus'
POHSIES DIVEHSrS. 3
VERS A MADEMOISELLE THOMAS(i),