LE SAULE DU SAGE
Saule , que j'aime ton ombrage !
Qu'il plaît à mon œil attendri !
La vie, hélas ! n'est qu'un orage :
Voudrais-tu m'offrir un abri?
J'ai long-temps bravé la tempête; Saule, je viens mourir au port.
Sous les vents tu courbes ta tête !
Tu m'apprends à céder au sort.
Auprès de la cabane obscure Tu nais, tu vieilhs, et tu meurs;
POÉSIES DIVERSES. 3ai
Là sont le calme et la nature :
Chercherais-je encor les grandeurs?
Du ruisseau , dans ma rêverie , J'entends fuir et murmurer l'eau; Il ne peut quitter la prairie , Tu ne peux quitter le ruisseau.
Confident de ce doux mystère , Tu caches leurs jeux , leurs détours :
Crains-tu qu'une jeune bergère Ne remarque trop leuis amours?
Ah ! que ta fleur est douce et tendre ! Combien sa pâleur m'a charmé !
Lisette alors pouvait m'entendre.
Ce n'est plus le temps d'être aimé.
Il est un Saule pour le sage , Il est un Saule pour l'amant; Le premier convient à mon âge; Mais , hélas 1 que l'autre est charmant i
Adieu , Saule de la tendresse !
J'eusse à tes pieds voulu mourir.
Voilà celui de la sagesse :
C'est donc lui que je dois choisir !
jip.'î POÉSIES DIVERSES.