LE SAULE DU MALHEUREUX
Charmant vallon, le plus doux des déserts, Où souvent seul j'ai cherché la nature, J'entends déjà ton ruisseau qui murmure; Je vois enfin tes Saules toujours verts. Chantez le Saule et sa douce verdure.
Oui , les voilà ces ramiers amoureux , Ces monts, ces bois, ces prés, cette onde pure. Ah! devrais-tu, riche et simple nature, T'offrir si belle à l'œil du malheureux ! Chantez le Saule et sa douce verdure.
« Songe si doux, qui m'as flatté long-temps, Crédule espoir, n'es-tu qu'une imposture? Hélas ! ce champ me donne avec usure Ce que ses fleurs m'ont promis au printemps. Chantez le Saule et sa douce verdure.
L'abeille , au moins , ne blesse en son courroux Que l'ennemi qui brave sa piqûre.
Cruels humains, auteurs de mon injure.
Je vous aimais, et je meurs par vos coups. Chante/ le Saule et sa douce verdure.
Me voilà donc, Saule cher au malheur, Sous tes rameaux nourrissant ma blessure! Ah ! dis au vent, dis à l'eau qui nmrmure, En s'enfuyant , d'emporter ma douleur.
Chantez le Saule et sa douce verdure.
Puisse bientôt, ce sont mes derniers vœux, Quelque pasteur, voyant ma sépulture, Dire en passant : « On trompa sa droiture. « Il fut sensible, et mourut malheureux. « Chantez le Saule et sa douce verdure. »