‹ OEuvres (volume 3)Chapitre 57 sur 97 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

« Sous un triste contour faut-il que tu nous caches? »

Disaient au Bonnet les Cheveux.

Le Bonnet répondit : « Taisez-vous, orgueilleux; « Osez-vous comparer vos castors, vos panaches,

« À ma commode utilité?

« Pour vous servir je fuis merveilles;

« Je descends jusqu'ajjX qcux oreilles; « Je les couvre au besoin. Dans les airs emporté,

« On ne m'a vu jamais errer au gré d'Eole,

« Tandis que le chapeau, qui s'échappe et s'envole,

« Par son maître souvent ne peut être arrêté.

« De leur fougueuse liberté, « Chez les répubhcains, je suis l'auguste emblème,

« Tout fiers qu'ils sont, les doges même, « Dans Gène et dans Venise , en tout temps m'ont porté ;

« A Rome, j'ai l'honneur suprême « D'entretenir bien chaude, avec un soin extrême,

« La nuque de sa Sainteté.

« Veut-on peindre d'un mot les amitiés sincères « Que l'on cherche à troubler, mais toujours sans effet?

« On dit d'abord : Ce sont trois frères,

« Ou trois têtes dans un bonnet.

« C'est ma douce chaleur qui communique au style « L'esprit, le sentiment, mille agrémens divers. « C'est en bonnet jadis que travaillait Virgile : « Voltaire est en bonnet quand il écrit ses vers : ^ C'est bien là , comme on sait , un gros bonnet de l'Ordre , « Et malheur aux censeurs qui l'auraient osé mordre , « S'il a mis le matin son bonnet de travers ! « Sans doute du chapeau la forme est plus brillante,

« Sur-tout quand la plume éclatante, « En voltigeant sur lui, fait flotter ses couleurs. i< Mais moi, je suis témoin des plus tendres faveurs.

« Le jour , je parais un peu sombre : « La nuit vient , je m'^gaîp , et c'est sur moi , dans l'ombre , " Que l'Amour enchanté laisse tomber ses fleurs. »

À la raison il faut qu'on cède.

Un discours si sensé confondit les Cheveux.

Concluons que, pour vivre heureux , Il faut sentir le prix du bien que 1 on possède.

ENVOI

De tes chevaux bouclés , chaste et belle cousine, Oh! que Tébène est pur! oh! que la soie est fine! Quel cœur ne serait pris dans un si doux lien? Tu les ornes parfois d'un ruban , d'une rose r

Tu le peux , car tout te sied bien ;

Crois-moi cependant, n'y mets rien.

Le charme a-t-il jamais besoin de quelque chose? La nature pourtant veut, quand l'ombre revient, Que sur un oreiller notre tête repose :

Pour la couvrir dans la nuit close ,

C'est un bonnet qui lui convient.

Le tien de tes cheveux embrasse la richesse ;

D'un double battant il caresse,

Mais doucement, avec mollesse.

Ton oreille , ta joue , et ton front , et tes yeux ,

Comme un amant dans son ivresse,

Sur un chevet mystérieux , Qui craindrait dans la nuit d'éveiller sa maîtresse. Le jour, Vénus se pare et s'habille en déesse,

Mais la nuit se couche en bonnet.

On ae dort point en mitre, en panache, en couronne,

Mais on y peut rêver comme sur son chevet. Chacun à sa façon lui fournit son duvet : L'erreur est une fée, et si douce, et si bonne! Ces songes des dormeurs ne font mal à personne; Les songes des veillans sont bien plus dangereux.

Que le ciel nous préserve d'eux !

Vivent ceux que Morphée, en s'égayant, nous donne' On se frotte les yeux, puis tout est oublié : On montait en carrosse, on se retrouve à pié. Mais un amant, hélas! prend son parti moins vite ; Un rien peut le flatter, mais aussi tout l'agite : Il s'endort avec peine, et souvent ne dort pas. Sur mon triste oreiller quelquefois , quand j'espère ,

O tendre nièce de ma mère, Que l'Amour et l'Hymen te mettront dans mes bras,^ Avec tant de candeur, de jeunesse et d'appas, Thérèse, ah! dois-je en croire une idée aussi chère?

Est-elle vraie ou mensongère?

Et mon bonnet flatteur ne me trompe-t-il pas?

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